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Ma Semaine Twitter #14 de 2018

Le koudou est une antilope africaine. Il existe en deux versions : grande et petite. Le grand koudou (Tragelaphus strepsiceros) ressemble à cela.

Cet animal gracieux pèse jusqu’à 300 kg dans sa version mâle et ses cornes mesurent jusqu’à 180 cm.

Mais qu’est-ce que ce koudou vient faire dans un blog généralement agrémenté de photos de courges de mon jardin ou de Titou, le chat de ma fille ?

C’est un prétexte à vous annoncer la naissance d’un excellent blog, Kudu’s skeptical economics, créé par mon ami Julien Coudert.

Julien a été gérant OPCVM pendant plusieurs années et a décidé fin 2013 de créer sa propre société de conseil en investissements, pratiquant 

un conseil dit « fiduciaire » dont la grande spécificité est de n’être rémunéré que par [l]es clients.

Julien et moi avons fait connaissance il y a quelques années, quand nous étions tous les deux administrateurs bénévoles et élus de CFA Society France. Les lecteurs réguliers de ce blog devinent que nous partageons la conviction qu’un conseiller, c’est quelqu’un qui est rémunéré par ses clients, et exclusivement par eux. Quand le « conseiller » est rémunéré par les fournisseurs de produits, c’est un vendeur. 

C’est pour cela que Julien a opté pour le statut de conseiller indépendant au sens de la directive MIF 2. Je crains qu’il soit très minoritaire parmi les conseillers en investissements financiers.

N’hésitez pas à visiter le site Kudu’s skeptical economics et à vous abonner aux posts de Julien, vous devriez passer un bon moment, en anglais et en français.

Dans un registre plus égotiste, j’ai terminé à grand peine (mais avec fierté) mon 4ème marathon de Paris. Passé un certain âge (le mien), on n’arrive plus à compenser par l’expérience, la sagesse ou la ruse l’inexorable déclin physique. Je suis preneur de tout conseil sur la meilleure préparation pour éviter les crampes au kilomètre 26. 

Voilà à quoi ressemble un quinquagénaire après un marathon. Vivement les courges, elles ne portent pas de chaussettes longues ni de chaussures jaunes.

 

Bienvenue dans ma semaine Twitter 14 de 2018. 42 km 195, c’est long, surtout vers la fin.

La part active de tes fonds tu révéleras

J’ai parlé ici de la part active, qui mesure le degré de similarité (ou de différence) entre le portefeuille d’un fonds et son indice de référence. Une part active de 100% indique que le portefeuille du fonds n’a rien en commun avec celui de l’indice, une part active de 0% indique que le portefeuille du fonds est identique à celui de l’indice.

A priori, si un gérant veut faire mieux que son indice, il faut que la composition de son portefeuille s’en éloigne, que ce soit en ayant des pondérations différentes pour les valeurs communes au fonds et à l’indice, en excluant des valeurs comprises dans l’indice, ou en s’exposant à des valeurs non comprises dans l’indice.

Les premiers travaux universitaires sur la part active (active share en anglais) concluaient qu’il y a avait une corrélation entre un niveau élevé de part active et une surperformance future. L’enthousiasme initial a été ensuite douché, mais la part active s’est imposée comme un des éléments permettant de déterminer le degré d’activité d’un gérant actif, en complément de l’écart de suivi, qui est plus abstrait et moins facile à comprendre.

Alors que de plus en plus de régulateurs (voir ici) font la chasse aux gérants qui se prétendent actifs, facturent des frais de type « actifs » alors qu’ils ne s’éloignent que très peu de la composition de leur indice de référence (les infâmes closet indexers), on pourrait naïvement s’attendre à ce que tous les gérants actifs publient avec enthousiasme dans leurs reportings périodiques la part active de leurs portefeuilles.

Que nenni. Dans les faits, cette information n’est presque jamais fournie.

Le procureur de New York (New York Attorney General), Eric Schneiderman, s’est emparé de ce sujet via l’Investor Protection Bureau (Bureau de Protection des Investisseurs). Ce bureau a enquêté sur les pratiques des gérants actifs et a conclu que la plupart des sociétés de gestion ne fournissaient pas l’information sur la part active de leurs portefeuilles à toutes les catégories d’investisseurs. Si les investisseurs institutionnels disposaient de cette information importante, les particuliers en étaient privés.

Suite à la publication du rapport (consultable ici), 13 sociétés de gestion ont accepté de fournir la part active de leurs fonds à tous les investisseurs, particuliers compris, au cours du printemps 2018. Il s’agit d’AllianceBernstein, BlackRock, The Dreyfus Corporation, The Capital Group Companies (American Funds), Columbia Management Investment Advisors, Eaton Vance Management, Goldman Sachs Asset Management, JP Morgan Chase & Co, OppenheimerFunds, Nuveen, T. Rowe Price Associates, USAA Asset Management Company et Vanguard Group.

On notera que Fidelity fournissait déjà cette information à tous les investisseurs.

Pendant ce temps, en Europe, la part active brille à peu près universellement par son absence dans les reportings des gérants actifs. 

Quand ça veut pas, ça veut pas

Il existe quelques excellents gérants actifs. Ils sont peu nombreux, pas toujours faciles à identifier, et leurs fonds ne sont pas nécessairement très accessibles au commun des mortels. On pourrait s’attendre à ce que les investisseurs chérissent ces pépites. L’excellent Eric Balchunas, l’analyste ETF de Bloomberg, montre qu’il n’en est rien aux Etats-Unis, où la déferlante indicielle emporte tout sur son passage, même les meilleurs gérants actifs.

William Danoff, qui a débuté sa carrière chez Fidelity en 1986, gère le Fidelity Contrafund (FCNTX dans le graphique ci-dessous) depuis septembre 1990 (la fiche Morningstar du fonds est ici). Le fonds est noté Silver, à savoir la deuxième meilleure note du Morningstar Analyst Rating, il a largement surperformé le S&P 500 (SPX en orange dans le graphique ci-dessous) depuis janvier 2017. En dépit de ces nombreux points très positifs, il décollecte massivement depuis 12 mois (15 milliards de $ de sorties – FCNTX Flows en rouge dans le graphique ci-dessous – pour des encours de 123,7 milliards de $ au 6 avril 2018)

Etonnant non ?

Raisin met du Vanguard dans son jus

Heureux Allemands : depuis quelques jours, ils peuvent acheter via une fintech nommée Raisin (eh oui) des portefeuilles constitués à 100% de produits Vanguard, à des conditions tarifaires très avantageuses.

4 profils actions/obligations : 30/70, 50/50, 70/30 et 100% actions.

Les produits sous-jacents sont des ETF Vanguard. Ci-dessous la composition du portefeuille 100% actions.

Le coût total est de 0,50% pour le portefeuille 100% actions : 0,17% pour la gestion des ETF (qui reviennent à la société de gestion, Vanguard en l’espèce, laquelle n’en rétrocède rien aux intermédiaires), 0,23% pour le distributeur Raisin et 0,10% pour la banque dépositaire.

0,50% tout compris, ça va être difficile à battre. 

Au fait, Raisin, qui est une société allemande, exerce aussi ses activités en France

Raisin veut vous donner accès aux meilleurs taux d’intérêt ! En tant que première plateforme proposant d’investir partout en Europe, nous vous permettons de souscrire à des comptes auprès de banques établies dans de nombreux pays européens – Faites fructifier votre épargne grâce à Raisin !

Les institutions partenaires de Raisin pour les dépôts à terme sont généralement très peu connues. Avec les portefeuilles Vanguard, la fintech allemande change de dimension et de marché.

On verra si cette offre est exportée en France. Si c’est le cas, elle pourrait aiguillonner animer un marché qui ne se caractérise pas par une concurrence très féroce sur les prix, même si les robo-advisors (Yomoni, WeSave et Nalo) ont ouvert le chemin. 

Maximiser l’alpha comportemental

Cullen Roche est gérant d’actifs (Orcam Asset Management) et blogueur (Pragmatic Capitalism). Selon lui, le facteur le plus important quand on investit, c’est le facteur comportemental.

La plupart des investisseurs passent leur vie à chercher les meilleures performances au lieu de chercher à obtenir les performances appropriées à leurs objectifs. Ce faisant,  ils perdent de l’argent en frais et en impôts, courant après des stratégies qui finissent généralement par sous-performer (comme tous les gens courant après l’alpha).

La clé pour appliquer la stratégie appropriée plutôt que la stratégie optimale, c’est ce que Roche appelle l’alpha comportemental (« behavioral alpha »)

Que faut-il faire pour atteindre ce Graal ?

  • Tendre vers le portefeuille approprié plutôt que vers le portefeuille optimal.
  • Comprendre le paradoxe de l’alpha et jeter aux orties les argumentaires commerciaux des vendeurs de produits financiers, qui vendent l’espoir de performances supérieures à celles du marché en échange de la certitude de frais plus élevés.
  • Avoir des attentes réalistes en matière d’investissement.Se fixer des objectifs financiers raisonnables sur des horizons de temps réalistes.
  • Avoir une compréhension personnalisée de son profil de risque.
  • Construire un portefeuille susceptible d’établir les objectifs dans le contexte du profil de risque.
  • S’en tenir à ce plan quoi qu’il advienne (ou presque).

La gestion passive, combien de divisions en Europe ?

Réponse à fin février avec les statistiques de Morningstar.

La gestion indicielle a représenté 55% des flux de collecte nette en Europe, contre 45% pour la gestion active.

Quand on s’intéresse aux stocks (mesurés par les actifs sous gestion à fin février), la gestion active pèse 84% du total, la gestion indicielle 14%.

Pour les seuls fonds actions, le poids de la gestion indicielle est de 27% du total (et de 12% pour les fonds obligataires).

Fort vent de face sur tout le trajet

Good Value for Money (GVfM)est un cabinet de conseil spécialiste de l’assurance, créé et dirigé par Cyril Chartier-Kastler.

Dans sa dernière lettre d’information, GVfM s’est penché sur les frais encourus par les détenteurs d’un contrat d’assurance vie pour les unités de compte. La partie explicite des frais se décompose en deux : 1. les frais de gestion du contrat au titre des unités de compte prélevés généralement en nature par l’assureur ; 2. les frais de gestion propres aux unités de compte prélevés de façon indolore par les sociétés de gestion.  

Pour les besoins de l’exercice, GVfM a appliqué un taux de frais de gestion moyen sur les unités de compte de 0,9%, tout en notant que ces frais vont de 0,6% à 1,1% (on peut pinailler en rappelant que les frais de gestion du contrat de l’Afer – avertissement : je suis souscripteur d’un contrat Afer, ainsi que 3 autres membres de mon foyer fiscal – ne sont que de 0,475%).

GVfM a travaillé sur une base de 4000 supports pour calculer les frais moyens de gestion des unités de compte selon leur classe d’actifs.

Pour que l’assuré ne perde pas d’argent, il faut que la performance de ses unités de compte soit supérieure à la somme des frais de gestion au titre des unités de compte (0,9% en moyenne) et des frais de gestion moyens des unités de compte elles-mêmes.

On va le voir, il souffle un fort vent de face sur le trajet des assurés, dont je rappelle qu’ils ont un horizon de détention généralement assez long.

Pour les fonds actions, les frais de gestion internes aux supports sont en moyenne de 2,1%, le total des frais est donc de 3% par an. En d’autres termes, si l’unité de compte actions gagne moins de 3% par an, l’assuré est perdant.

Pour les fonds flexibles, les frais de gestion internes aux supports sont en moyenne de 2,45% (!), le total des frais est donc de 3,35% par an. En d’autres termes, si l’unité de compte flexible gagne moins de 3,35% par an, l’assuré est perdant.

Pour les fonds profilés, les frais de gestion internes aux supports sont en moyenne de 2,05%, le total des frais est donc de 2,95% par an. En d’autres termes, si l’unité de compte obligataire gagne moins de 2,95% par an, l’assuré est perdant.

Pour les fonds obligataires, les frais de gestion internes aux supports sont en moyenne de 1,25%, le total des frais est donc de 2,15% par an. En d’autres termes, si l’unité de compte obligataire gagne moins de 2,15% par an, l’assuré est perdant.

Enfin, pour les ETF, les frais de gestion internes aux supports sont en moyenne de 0,36%, le total des frais est donc de 1,26% par an. En d’autres termes, si l’ETF gagne moins de 1,26% par an, l’assuré est perdant.

Moralité : pour espérer gagner de l’argent avec des unités de compte gérées activement, il faut d’immenses qualités de sélectionneur de fonds.

Les assurés n’ont sans doute pas une idée précise du coût de leur contrat d’assurance vie sur la durée. Il peut être astronomique. Merci à GVfM pour ce coup de projecteur bienvenu.

Gare au vendeur

J’ai parlé la semaine dernière des deux grandes approches en matière de commercialisation de produits financiers : considérer que les parties sont libres de commercer entre elles et inciter l’acheteur à se méfier (« caveat emptor »), ou considérer que l’asymétrie d’information est telle entre le vendeur et l’acheteur (au détriment de ce dernier), qu’il faut protéger le faible.

Nick Maggiuli, dont je recommande chaudement l’excellent blog (Of Dollars and Data) a récemment fait la liste des leviers utilisés par les vendeurs de produits financiers.

  1. Autorité : faites-moi confiance, je suis un expert.
  2. Engagement et cohérence : dites oui. Le vendeur va vous poser une série de questions auxquelles vous ne pourrez répondre que par oui. Plus vous direz oui (« engagement »), plus il vous sera difficile de dire non (« cohérence »).
  3. Preuve sociale : tout le monde le fait !
  4. Réciprocité : le vendeur vous « offre » un bilan patrimonial gratuit. Vous êtes plus enclin à la réciprocité et à lui rendre ses faveurs en achetant ses produits. 
  5. Empathie : vous m’aimez bien, vous m’aimez vraiment bien.
  6. Rareté : il n’y en aura pas pour tout le monde.

Remontons sur le Koudou, Julien Coudert ayant consacré un récent post au même sujet : découvrez ici les huit pièges des vendeurs de produits financiers.

N’oubliez jamais que votre banquier (ou votre conseiller financier s’il ne s’agit pas d’un banquier) n’est pas nécessairement votre ami. C’est ce que dit fort justement l’excellent Matt Levine de Bloomberg.

Le boulot d’un banquier, c’est de vendre les produits et services de la banque. La banque gagne de l’argent en vous vendant ses produits, comme un concessionnaire automobile gagne de l’argent en vous vendant une voiture, ou un magasin de vêtements gagne de l’argent en vous vendant des vêtements.  

On a tous quelque chose à vendre.

Vous pouvez suivre le compte Twitter d’Alpha Beta Blog ici et mon compte en anglais là.

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Je ne suis pas habilité à donner des conseils sur les produits, ne me sollicitez pas pour cela. Si vous avez des questions, consultez un conseiller financier. Un conseiller financier, c’est quelqu’un que vous payez pour qu’il.elle vous donne des conseils.  Quelqu’un qui est payé par les fournisseurs de produits pour vous vendre lesdits produits, ça s’appelle un vendeur, ou, dans le jargon financier, un courtier.

C’était ma semaine Twitter 14 de 2018. Sayōnara. さようなら.

Une réponse sur « Ma Semaine Twitter #14 de 2018 »

Félicitations pour ce 4ème marathon! J’ai également été victime de ces mêmes crampes, au km29 pour ma part, conséquence de la chaleur vraisemblablement et ce malgré une bonne hydratation. Il est notamment recommandé de consommer des aliments riches en magnésium et potassium pour éviter ces mésaventures (bananes par exemple) et de s’étirer systématiquement pendant sa préparation. C’était mon cas et visiblement cela n’a pas suffi à rendre moins pénible le dernier tiers de mon marathon. Sur le prochain, j’essaierai de prendre un comprimé de Sporténine avant le départ ou la veille de la course, cela a l’air d’être la solution trouvée par de nombreux marathoniens, à voir donc.
Bonne récupération en attendant!

Petite coquille sur le total des frais des fonds profilés (2,95%) et concernant l’assurance-vie, il serait pertinent d’ajouter les frais sur versements, principe similaire aux contestables droits d’entrée sur les OPCVM, qui viennent réduire le capital initial investi (et qui vont donc faire que l’assuré sera « perdant » dans encore plus de cas) et sur lesquels même l’Afer, bien que plus faibles, ne semble pas irréprochable après consultation de leur site.

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