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A qui profitera le PER ?

Le thème de la retraite est d’une actualité brûlante. Les Français n’ont bien entendu pas attendu cette énième réforme pour prendre conscience de la nécessité d’épargner en vue de compléter les pensions servies par les régimes de retraite obligatoire : le succès jamais démenti de l’assurance vie, dont les encours s’élevaient à 1785 milliards d’euros à fin novembre 2019, en atteste.

Grâce à la loi PACTE, depuis le 1er octobre 2019, le Plan d’Epargne Retraite (PER) est disponible. Dans ses différents formats (un PER individuel et deux PER d’entreprise), il a vocation à se substituer progressivement aux autres plans d’épargne retraite, qui, avec des encours totaux de 230 milliards d’euros, n’ont jamais vraiment décollé.

Et comme il paraît que les Français n’aiment pas qu’on leur impose de sortir en rente, le PER permet de sortir soit en capital, soit en rente, soit en panachant les deux.

Et comme il n’y a rien de tel qu’une incitation fiscale à l’entrée pour donner un coup de pouce à un nouveau dispositif, le PER est assorti d’avantages fiscaux à l’entrée.

Le PER est donc une enveloppe de capitalisation de long terme conçue en vue de la retraite. Une espèce de fonds de pension qui ne porte surtout pas ce nom, car c’est un gros mot en France.

Le PER a tout pour être un vrai et bon véhicule de préparation à la retraite pour les Français : leur épargne va pouvoir fructifier sur longue durée en différé d’imposition avec le choix du mode de sortie.

A condition que les frais ne soient pas trop élevés. Qu’il s’agisse des frais liés au PER lui-même (frais sur versement, frais de gestion du fonds en euros et des unités de compte, frais d’arbitrage, frais de gestion sous mandat, etc.) ou des frais des fonds sous-jacents.

Or pour le moment, au vu des premiers produits lancés, ce n’est pas rassurant pour les futurs retraités : les frais liés au PER sont peu ou prou au niveau de ceux de l’assurance vie et les unités de compte sont très majoritairement, voire exclusivement pour de nombreux contrats, des fonds gérés activement aux frais élevés.

Si la performance des marchés n’est pas garantie, les épargnants peuvent avoir une certitude absolue : plus les frais qu’ils encourent sont bas, plus la performance qui leur revient in fine est élevée.

Alors que la gestion indicielle à bas coûts connaît un succès phénoménal, particulièrement depuis 2008, aux Etats-Unis où les frais des fonds baissent régulièrement, et qu’il est possible de s’exposer à un indice représentatif de la totalité des actions cotées dans le monde (grandes et moyennes capitalisations) pour moins de 10 points de base par an, il serait absolument stupéfiant que le PER ne s’ouvre pas aux ETF.

J’ai identifié un PER donnant accès à quelques ETF. Mais à condition de souscrire à une option de gestion libre facturée… 1,8% par an. Les distributeurs de ce produit peuvent négocier les frais (en l’espèce, un courtier internet a négocié 1,3%), mais un tel niveau ne devrait plus exister en 2020 : on n’est plus à l’époque des contrats d’assurance vie à frais précomptés.

Au Royaume-Uni, il existe depuis 1989 une enveloppe à laquelle le PER individuel français ressemble beaucoup : le SIPP (Self-invested personal pension). Les souscripteurs d’un SIPP bénéficient aussi d’un avantage fiscal à l’entrée. Et le SIPP peut donner accès à des actions, des obligations, des fonds gérés activement et des fonds indiciels, dont des ETF.

Sur ce marché vient de faire irruption un très gros animal ayant pour habitude de faire simple et pas cher : Vanguard.

Qu’on en juge : les frais de gestion annuels de Vanguard Personal Pension sont de 0,15%, plafonnés à 375 £ (environ 440 euros) et il donne accès à 76 fonds et ETF Vanguard dont les frais de gestion sont compris entre 0,06% et 0,48%. Soit des frais annuels maximum de 0,63%.

Un assureur ou une société de gestion aura-t-il le courage de lancer un PER donnant accès à des produits indiciels à bas coûts ? Ce serait souhaitable pour que ce produit profite aussi aux épargnants.

Cet article est paru initialement dans le numéro de février 2020 de Gestion de Fortune, sans les illustrations.

 

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