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Ma Semaine Twitter #51

Joyeuses fêtes à toutes et à tous. On aurait aimé une semaine paisible, il y a eu Berlin. Bienvenue quand même dans ma Semaine Twitter 51.

Charley ne croit pas au Smart Beta

Charley Ellis est une des grandes figures de la gestion d’actifs. Il a créé en 1972 Greenwich Associates, une société de conseil, et défend depuis des années la gestion indicielle.

Il a publié en 1975 « The Loser’s Game » dans le Financial Analysts Journal. Dans cet article très souvent cité, Ellis écrivait que la gestion active avait longtemps été un jeu que certains acteurs institutionnels pouvaient gagner (A Winner’s Game), mais qu’il était dorénavant très difficile de surperformer (le Winner’s Game devenant un Loser’s Game).

Voici ce qu’écrivait Ellis en 1995 (ma traduction) :

Le secteur de la gestion d’actifs (ça devrait être une profession, mais ça n’en est pas une) repose sur une croyance de base simple : les gérants professionnels peuvent battre le marché. Cette prémisse est fausse. 

Ellis s’est récemment entretenu avec l’excellent journaliste du Financial Times John Authers, dans un podcast passionnant consacré à la gestion indicielle.

 

Tout en confirmant son point de vue sur les vertus de la gestion indicielle, Ellis se montre fort sceptique sur le Smart Beta. Selon lui, il est facile pour les équipes de recherche de trouver des facteurs ayant eu des bonnes performances passées en torturant les données suffisamment (le « data mining » de la citation ci-dessus).

En ne retenant que les facteurs pour lesquels l’historique de performance est flatteur, il est possible de lancer des produits qui seront achetés par les investisseurs comme le nouveau Graal, à un coût plus élevé que celui des produits répliquant des indices traditionnels capi-pondérés.

Ellis ne croit pas du tout que les promesses faites par les back-tests seront tenues dans la vraie vie.

MSCI met le paquet sur l’ESG

L’approche ESG (Environnement, Social, Gouvernance) monte en puissance dans la monde de l’investissement, au moins chez les investisseurs institutionnels.

S’il est bien un signal qui ne trompe pas, c’est quand le principal fournisseur d’indices boursiers, MSCI, consacre à l’analyse extra-financière des entreprises des ressources de plus en plus importantes.

Randall Smith, dans un excellent article paru dans le New York Times, revient sur l’histoire de l’ESG et décrit l’impressionnant dispositif mis en place par MSCI : 150 analystes sur 14 sites dans le monde suivent 6500 sociétés. Le chiffre d’affaires lié à l’ESG atteindra cette année 44 millions de dollars.

Je hasarde un pronostic : si MSCI, qui est tout sauf un organisme caritatif, alloue de tels moyens à l’ESG, c’est que cette thématique va finir par s’imposer et aller de soi. Et c’est tant mieux.

Joyeux anniversaire à la gestion indicielle

Ce n’est pas une actualité de la semaine écoulée, mais je ne résiste pas au plaisir de mettre en avant un excellent papier publié par Jack Bogle, le fondateur de Vanguard, à l’occasion du 40ème anniversaire du lancement du premier fonds indiciel. Paru dans le Financial Analysts Journal de janvier/février 2016, cet article a été un des plus consultés en ligne.

 

Vous y trouverez une histoire succincte de ce qui est sans doute une des innovations financières les plus importantes de l’histoire de la finance moderne, la gestion indicielle. Ainsi que le point de vue assez mitigé de Jack Bogle sur les ETF : selon lui, ces instruments sont avant tout utilisés comme des instruments de trading par des spéculateurs impatients, alors que les fonds indiciels traditionnels étaient détenus pendant longtemps par des investisseurs patients.

Les marchés baissiers se suivent et ne se ressemblent pas

Kevin McDevitt est analyste chez Morningstar aux Etats-Unis. Dans un récent article, il a essayé de savoir lequel des deux styles actions (Value et Growth) se comportait le mieux en phase de baisse des marchés.

 

Dans les nombreux débats entre tenants des deux approches, on entend en effet tout et son contraire : les valeurs de type Value résistent mieux à la baisse parce qu’elles sont moins chères ; les valeurs de croissance résistent mieux à la baisse car les investisseurs sont prêts à payer pour la croissance en période de baisse.

Qui a raison ?

McDevitt a analysé le comportement des indices de style et de certains secteurs pendant 5 marchés baissiers depuis 1998 aux Etats-Unis.

Conclusion ? Il n’y en a pas, ça varie. Les marchés baissiers se suivent et ne se ressemblent pas.

Qui veut adopter la gestion active ?

Tadas Viskantas est sans doute le meilleur curateur de contenu financier aux Etats-Unis. Lisez son blog Abnormal Returns et abonnez-vous à sa lettre quotidienne (lien sur la page d’accueil du site).

Viskantas n’est pas un professionnel de l’investissement, comme peuvent l’être certains de mes bloggeurs favoris aux Etats-Unis. Il n’est donc pas suspect d’avoir un intérêt à favoriser la gestion active ou la gestion passive. Quand il s’interroge sur les raisons de faire confiance à la gestion active, il n’en trouve pas beaucoup, et c’est donc particulièrement inquiétant (pour la gestion active).

 

Dans ce récent post, il fait un tour d’horizon des principaux commentateurs pour conclure que la gestion active ne suivra sans doute pas les conseils que lui donne Josh Brown (conseils dont il fut question la semaine dernière).

Selon Viskantas, l’industrie de la gestion active va continuer à traire la vache à lait. Alors même que les vaches à lait sont mortelles.

Les Français fâchés avec le risque ?

Nous nous gargarisons des nombreuses exceptions françaises, qui sont généralement des catastrophes. En voici une nouvelle, qui est l’énorme aversion au risque des épargnants. 

 

Edouard Lederer a commenté dans Les Echos les chiffres de BPCE sur l’épargne des Français : nous épargnons beaucoup, nous sommes même, avec les Allemands, les champions d’Europe de l’épargne. Ce n’est pas un signe de grande confiance dans l’avenir.

Mais nous épargnons bizarrement : alors que les taux sont à un niveau extraordinairement bas, nous déposons des montants colossaux sur nos comptes courants. Pas sûr que sur longue durée, une telle allocation soit optimale. Sauf, bien sûr, si notre-système-de-retraite-que-le-monde-entier-nous-envie tient le coup.

Je ne sais pas trop pourquoi, mais j’ai le désagréable pressentiment que ce ne sera pas le cas.

Quel avenir pour la gestion active ?

Jeff Ptak est le directeur mondial de la recherche sur les fonds de Morningstar. A ce titre, il a l’une des visions les plus globales de l’état de la gestion d’actifs.

Il a récemment été interrogé par Patrick O’Shaughnessy, dont je recommande chaudement la série de podcasts « Invest like the best » (investissez comme les meilleurs).

 

Ptak revient sur les raisons du succès de la gestion indicielle à bas coûts et sur la désaffection massive à l’encontre de la gestion active chère.

Principales victimes de cette tendance, les fonds actions grandes capitalisations growth états-uniennes. Moins affectés pour le moment, les fonds obligataires.

Ptak dissipe également le mythe abondamment relayé par les gérants actifs selon lequel ces derniers seraient plus à même de protéger leurs clients en phase de baisse des marchés actions que les fonds indiciels.

O’Saughnessy lui demande quel conseil en matière d’investissements il donnerait à ses enfants. Réponse de Ptak : si vous n’êtes pas équipés pour faire une recherche approfondie sur les gérants actifs, utilisez des produits indiciels. Et faites-en le moins possible en matière de transactions.

Une citation sur les gérants actifs et sur le taux de rotation :

Ce n’est pas l’action qui est importante, dans de nombreux cas, c’est l’inaction.

Le podcast dure une heure, il est d’une grande richesse.

N’hésitez pas à suivre le compte Twitter d’Alpha Beta Blog (en français). Et le compte sur lequel je tweete en anglais.

C’était ma Semaine Twitter 51. A la semaine prochaine, bonnes fêtes.

 

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