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Dans l’intérêt des porteurs de parts

A droite, Lars Windhorst. A gauche, les porteurs de parts. Sous la table, H2O AM.

La saga H2O AM avait commencé en juin 2019 avec la publication d’un article dans le Financial Times révélant la présence dans certains fonds de la société de gestion créée par Bruno Crastes et Vincent Chailley d’actifs illiquides liés à des sociétés détenues par Tennor, la holding de Lars Windhorst.

Après 8 milliards d’euros de rachats, la collecte avait repris, la société de gestion s’étant montrée très rassurante.

Jusqu’à la suspension des transactions sur 7 fonds fin août 2020 et au transfert des actifs illiquides dans des fonds cantonnés, les side pockets, afin de pouvoir les vendre sans excès de hâte, car les acheteurs n’étaient pas nombreux.

En fait, il y a un seul acheteur pour ces actifs (8 émissions obligataires et des actions de La Perla Fashion Holding et Avatera) : Tennor. Pas idéal pour faire jouer la concurrence.

Après que la FCA, le régulateur britannique, eut imposé à H2O AM de s’adjoindre les services de sociétés compétentes en matière de restructurations (H2O a choisi Perella Weinberg Partners1 et Linklaters sans préciser qui de la société de gestion ou des side pockets paierait la note), les deux parties convinrent de loger les obligations dans un unique véhicule obligataire de 1,45 milliard d’euros (First Super Senior Secured Notes à échéance 2022) rémunéré à 4,5% et de transférer les actions à Tennor.

Dans cette affaire, H2O AM assure un service minimum en matière de communication.

Dans l’intérêt des porteurs de parts.

En octobre 2021, H2O AM a annoncé suspendre la publication des valeurs mensuelles indicatives des side pockets.

 Dans l’intérêt des porteurs de parts.

Ah, j’oubliais : durant l’été, KPMG, le commissaire aux comptes des fonds H2O AM, annonçait que les comptes annuels de 6 fonds H2O AM étaient « impossibles à certifier ».

Dans le rapport annuel de H2O Adagio pour l’exercice clôturé le 30/09/20, on apprend en outre de KPMG que « certains éléments d’information nécessaires à l’accomplissement de nos diligences nous ayant été transmis tardivement, nous n’avons pas été en mesure d’émettre le présent rapport dans les délais réglementaires. » 

Dans la rubrique « Engagements de gouvernance et compliance » du même rapport, H2O AM a choisi de ne pas mentionner « la répartition de la rémunération entre le Personnel identifié et le Personnel non identifié » au prétexte que cette mention « porterait atteinte à la confidentialité des personnes appartenant aux catégories en question, car chaque catégorie ne compterait [sic] que peu de personnes. »

De la pudeur dans l’intérêt des porteurs de parts que les rémunérations pourraient choquer ?

Heureusement pour la transparence, une des 3 valeurs fondatrices de H2O AM avec la performance et la liquidité, Lars Windhorst est assez bavard.

Il a annoncé début novembre qu’un tribunal néerlandais, saisi par un créancier, la fondation Onassis, avait jugé que Tennor Holding était insolvable et l’avait mise en faillite. Mais rassurez-vous, porteurs de parts, d’après Windhorst, tout va bien : un accord a été trouvé avec la fondation Onassis et Tennor a fait appel du jugement de faillite.

Windhorst a ensuite annoncé qu’il avait obtenu l’accord de la BaFin, le régulateur allemand qui s’était couvert de gloire dans la piteuse affaire Wirecard, pour rembourser un prêt intra-groupe de 132,5 millions d’euros susceptible de constituer une infraction à la législation bancaire. Accord qui mettrait fin selon lui à l’enquête pénale initiée par la BaFin durant l’été.

Au milieu du silence assourdissant de tout l’écosystème ayant favorisé la vente des fonds H2O AM aux particuliers et des 2 régulateurs impliqués (l’AMF et la FCA), les signaux inquiétants en provenance de Tennor Holding se multiplient.

Ce qui n’empêche pas Lars Windhorst d’injecter beaucoup d’argent dans le Herta BSC, un club de football de Berlin (375 millions d’euros au total).

La partie de bonneteau entre Tennor Holding et H2O AM continue. Dans l’intérêt des porteurs de parts, bien sûr.

Cette chronique est parue initialement dans le numéro de décembre 2021 de Gestion de Fortune, sans les illustrations, les notes de bas de pages, ni les liens.

Illustration : « L’Escamoteur », huile sur bois (entre 1475 et 1505) de Jheronimus van Aken dit Jérôme Bosch, ou Jheronimus Bosch (vers 1460-1516). Musée municipal de Saint-Germain en Laye.

  1. Et pas Weinberg Capital Partners comme je l’avais initialement écrit par erreur.

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