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Ma Semaine Twitter #7 de 2017

Pour cause de vacances (hélas terminées), ce billet hebdomadaire sera un peu plus court que d’habitude.

Voici, pour remplacer le tweet qui manque, une vue d’un des plus beaux panoramas de montagne que je connaisse, prise sur les pistes de Chamonix.

 

Photo : Maupas

 

Bienvenue dans ma Semaine Twitter 7 de 2017. 

La décollecte n’épargne pas les meilleurs

Jeffrey Ptak est le directeur mondial de la recherche sur les fonds de Morningstar.

Il analyse régulièrement la collecte des fonds domiciliés aux Etats-Unis et s’est récemment intéressé aux fonds actifs « gagnants ». Par « gagnants », il entend les fonds ayant battu l’indicateur de référence assigné par Morningstar à leur catégorie sur 1 et 3 ans (au 31 janvier 2017). 

Résultat : sur un an (1er février 2016 – 31 janvier 2017), les investisseurs ont retiré 99 milliards de $ des fonds actifs « gagnants » et 214 milliards des fonds actifs « perdants ».  Ce sont les fonds actions Etats-Unis qui ont concentré la décollecte parmi les fonds « gagnants », avec -100 milliards.

Sur 3 ans (1er février 2014 – 31 janvier 2017), les « gagnants » ont collecté 425 milliards de $ en net, quand les « perdants » ont décollecté à hauteur de 1000 milliards.

Ptak se demande donc si cette tendance récente de vendre les fonds actifs, même quand ils surperforment, est un accident ou augure d’un changement durable de comportement de la part des investisseurs. Réponse dans les mois à venir.

Repenser la sélection de gérants

Tom Brakke, CFA, est un consultant états-unien, spécialiste de l’évaluation et de la sélection de gérants. Son blog (The Research Puzzle) est absolument remarquable.

Il est intervenu sur la nécessité de réinventer le processus de sélection de gérants lors d’une conférence de CFA Institute qui s’est tenue à Minneapolis en mars 2016 et sa présentation a été restituée sous forme rédigée.

Selon lui, le processus de sélection de gérants est devenu beaucoup trop standardisé.

Là où l’accent est mis aujourd’hui sur l’analyse de la performance passée des gérants, on devrait plutôt s’attacher à définir les caractéristiques des sociétés de gestion employant ces gérants.

Selon Brakke, sur le long terme, c’est en effet vraisemblablement l’organisation et sa structure, pas la performance passée, qui détermineront la performance future.

Lisez, c’est dense et incroyablement pertinent.

Conflits d’intérêts : les journalistes aussi ?

Robin Powell a longtemps été journaliste et porte sur cette profession un regard à la fois bienveillant, informé et très critique.

La FCA (le régulateur des marchés au Royaume-Uni) a publié l’an dernier un rapport intérimaire assez dévastateur sur la concurrence dans le secteur de la gestion d’actifs (voir mon compte-rendu ici). Elle a, comme il est d’usage, demandé aux parties prenantes de lui faire part de ses commentaires.

Robin Powell a donc envoyé un courrier au régulateur sur le sujet peu fréquemment abordé, mais crucial, du rôle des journalistes financiers.

Selon Robin Powell, les journalistes financiers sont au Royaume-Uni dans une situation de conflit d’intérêts. La santé financière de leur employeur dépend beaucoup des dépenses publicitaires des sociétés de gestion, qui promeuvent avant tout des fonds gérés activement.

Cette dépendance aux annonceurs du secteur qu’ils couvrent empêche les journalistes d’exercer leur jugement de manière impartiale.

Par ailleurs, les médias doivent sans cesse raconter des histoires, et interrogent pour cela les gérants actifs, quand ces derniers ne font pas tout simplement office de correspondants pour certaines publications, ou de contributeurs réguliers.

Ces contributeurs apparaissent comme des experts impartiaux alors qu’ils sont au service de la stratégie commerciale de leur employeur.

Enfin, Powell fustige les invitations (restaurant, théâtre, manifestations sportives, voyages lointains) que dispense le secteur de la gestion d’actifs aux journalistes, qui minent l’indépendance de ces derniers.

Il suggère donc à la FCA d’ajouter un paragraphe sur les médias financiers dans son rapport final, voire de consacrer aux pratiques du secteur une étude séparée.

Faire simple, c’est compliqué

Ben Carlson, CFA, est un de mes bloggeurs préférés aux Etats-Unis.

Il vient de publier son deuxième livre, Organizational Alpha – How to add value in institutional asset management (L’alpha organisationnel – Comment ajouter de la valeur dans la gestion institutionnelle).

Il s’est récemment entretenu avec Tadas Viskantas, qui est à mes yeux le meilleur curateur de contenu financier.

Suivez Tadas sur Twitter et abonnez-vous sans faute à sa newsletter quotidienne sur son site Abnormal Returns. Elle vous permettra de gagner un temps précieux dans votre veille.

Viskantas questionne Carlson sur les vertus de la simplicité dans l’approche de l’investissement et lui demande pourquoi les investisseurs institutionnels utilisent des approches aussi complexes.

Selon Carlson, la complexité se vend mieux que la simplicité.

Vendre la simplicité (dans son cas une approche à base de produits indiciels à faibles coûts) requière d’éduquer les comités d’investissement en utilisant des données objectives (« evidence-based investing ») et en faisant de gros efforts de communication.

Il rappelle le mot de Charley Ellis sur les trois manières de gagner de l’argent : la première est physiquement épuisante (travailler plus dur que tout le monde), la deuxième est épuisante mentalement (être plus intelligent que tout le monde) et la troisième est émotionnellement épuisante (être plus rationnel que tout le monde sur le long terme).

Le problème du monde institutionnel, c’est qu’il s’est construit sur les deux premières approches et a beaucoup de mal à admettre que la troisième option est sans doute la meilleure. 

Quelques faits alternatifs en matière d’investissement

Puisque la nouvelle administration du pays le plus puissant au monde nous fait entrer dans l’ère de la post-vérité et des faits alternatifs, en voici quelques-uns (de faits alternatifs) en matière d’investissement, compilés par Phil Huber, CFA.

J’en ai sélectionné quelques-uns :

  • La performance passée augure de la performance future. Point final !
  • Il existe une corrélation positive entre ce que facture un gérant d’actifs et son talent. Point final !
  • Certains investissements sont si exceptionnels qu’ils doivent être achetés quel qu’en soit le coût. Point final !
  • C’est un marché de stock-picker. Vraiment, cette fois c’est vrai. Point final !

Huber rappelle que les investisseurs sont soumis au court-termisme des médias, à des backtests alléchants, à une guerre incessante entre la peur et l’avidité et aux promesses inconsidérées de performances élevés et de risques faibles de la part de vendeurs de produits d’investissement.

Pour empêcher que les faits alternatifs ne polluent leurs portefeuilles, il recommande aux investisseurs de s’adjoindre les services de professionnels du conseil plaçant les intérêts des clients au-dessus des leurs (le « devoir fiduciaire »), de ne pas faire de prévisions sur les performances futures des actifs quand ils construisent leur portefeuille, de définir avec leur conseiller une politique d’investissement et s’y tenir, d’avoir un réseau de filtres de confiance en matière d’information et de ne pas succomber au biais de confirmation.

Eduquer les investisseurs, ça paye

On le sait, le pire ennemi de l’investisseur, c’est lui-même.

Il achète des produits sur la foi de la performance passée et les vend quand il y a une baisse importante, il ne prête pas assez attention aux frais, il aime les produits complexes.

Larry Swedroe, le directeur de la recherche BAM Alliance aux Etats-Unis, est un contributeur régulier du site www.etf.com et suit de très près la recherche sur le comportement des investisseurs.

Il s’est récemment intéressé à une étude de Steffen Meyer (Leibniz Universität Hannover), Linda Urban et Sophie Ahlswede (toutes les deux de la Goethe University Frankfurt – House of Finance) intitulée : « Est-ce qu’il est utile de fournir du feedback aux investisseurs sur leur succès en matière d’investissement ? »

Cette étude est accessible ici en anglais.

Très peu d’institutions financières en Allemagne informent régulièrement leurs clients particuliers gérant eux-mêmes leur portefeuille des résultats de leur gestion en matière de risque, de coûts et de performance : une sur cent vingt institutions analysées.

Les auteurs se sont donc intéressés à 1500 clients d’un courtier en ligne allemand et ont testé ce qui se passait quand ces investisseurs recevaient un feedback régulier sur leurs investissements avec leur état de portefeuille mensuel.

Ce feedback comportait la performance détaillée de l’année précédente, les frais, le niveau actuel de risque du portefeuille et des informations sur la diversification et a été envoyé pendant une période de 18 mois.

Le fait de recevoir ce rapport a conduit les investisseurs à faire moins de transactions, à avoir des portefeuilles plus diversifiés et à enregistrer des performances ajustées du risque supérieures à celles des investisseurs du groupe de contrôle n’ayant pas reçu ce feedback.

Les auteurs suggèrent qu’il n’est pas dans l’intérêt commercial d’un courtier de fournir de telles informations à ses clients, car il serait pénalisé par la réduction du nombre de transactions, et donc de sa rémunération.

Dans la mesure où ces informations sont de plus difficiles à assembler et à communiquer, ils suggèrent que c’est au régulateur d’imposer un enrichissement des rapports fournis aux investisseurs par leurs intermédiaires.

En tant que détenteur de plusieurs contrats d’assurance vie et d’un compte-titres PEA, je constate depuis des années l’indigence effarante des rapports périodiques fournis par les différents intermédiaires dont je suis client, et  suis tout à fait d’accord avec la suggestion des 3 universitaires.

L’éducation financière passe par la communication d’informations permettant de réduire l’impact des erreurs commises par les investisseurs. Retrouvez ici mon post sur les lacunes des Français en matière d’éducation financière.

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C’était ma Semaine Twitter 7 de 2017, à la semaine prochaine.

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