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Mes Semaines Twitter 44 et 45 de 2018

Que de retard dans cette semaine Twitter. Tellement de retard qu’en voici deux pour le prix d’une.

Il faut dire que j’ai eu fort à faire la semaine dernière : je faisais de l’itinérance mémorielle (c’est comme ça qu’on dit non ?) à Washington D.C., où j’étais accessoirement aussi pour des raisons professionnelles.

Alors que le centenaire de la fin de la première guerre mondiale n’arrivera (n’est arrivé) par définition qu’une fois, que je suis passionné d’histoire (notamment celle du XXème siècle), j’ai réussi à être ailleurs le 11 novembre 2018. Dans ce marécage que le candidat Trump voulait assécher.

Mais j’ai quand même eu ma petite part de commémoration, que la pluie n’a même pas réussi à gâcher (il a fait un temps de rêve, comme l’atteste le Balzac de Rodin qui prenait dimanche un bain de soleil dans le splendide Hirshhorn Museum and Sculpture Garden).

Devant mon hôtel se trouve une statue de John J. Pershing, qui fut le commandant de l’American Expeditionary Force.

Près de cette statue, deux cartes des zones d’engagement des soldats étatsuniens. Sur celle qui est ci-dessous, on distingue le Bois de Belleau (Belleau Wood), où l’actuel Président des Etats-Unis avait prévu de se rendre avant d’être vaincu par un ennemi puissant, la pluie française.

Le jour suivant (le 12 novembre) était le Veterans Day aux Etats-Unis. Le Président du pays a fait savoir qu’il ne se rendrait pas à la cérémonie organisée au cimetière militaire d’Arlington. Et il ne s’y est pas rendu.

L’ambassade de France aux Etats-Unis a quant à elle participé et a déposé une gerbe sur la tombe du soldat inconnu. On sait encore rendre hommage et dire merci dans notre pays.

Poursuivons notre promenade dans le marais fédéral.

Au fronton du bâtiment abritant l’Internal Revenue Services (I.R.S.), le fisc étatsunien, on peut lire cette inscription, qui est une citation d’Oliver Wendell Holmes, Jr. (Holmes était un juge de la Cour Suprême).

Taxes are what we pay for a civilized society.

Les impôts, c’est ce qu’on paie pour avoir une société civilisée. A méditer.

Une maladie très répandue chez certains consiste à rechercher à éviter l’impôt à tout prix. Et comme la nature a horreur du vide, certaines institutions (des banques) et certains professionnels (des fiscalistes, des avocats, des experts-comptables) prêtent leur concours aux phobiques de l’impôt.

Heureusement, la cavalerie (de la justice et du fisc) finit parfois par arriver.

Dans le procès UBS qui s’est tenu à Paris, la justice française a requis une amende de 3,7 milliards d’euros à l’encontre d’UBS AG, pour « des faits massifs, d’une ampleur exceptionnelle, au caractère systématique ».

Stéphanie Gibaud est une des salariés d’UBS France ayant dénoncé les faits présumés délictueux. Elle participe à un panel tout à fait exceptionnel sur les lanceurs d’alerte lors de la European Investment Conference de CFA Institute et CFA Society France qui se tiendra à Paris les 26 et 27 novembre prochains.

Exceptionnel, car il permettra d’entendre Stéphanie Gibaud et Christopher Wylie, l’ex-collaborateur de Cambridge Analytica, qui a dénoncé l’utilisation de données personnelles de 87 millions d’utilisateurs de Facebook lors des dernières élections présidentielles aux Etats-Unis (voir ici l’entretien d’Eric Albert du Monde avec Wylie).

Ce panel aura lieu le mardi 27 novembre à 9 heures. Vous pouvez vous inscrire à la conférence ici.

Terminons cette itinérance mémorielle par la Chine. Si ce pays vous intéresse, courez chez votre marchand.e de journaux acheter le hors-série numéro 8 de Conflits, la revue consacrée à la géopolitique, à l’histoire et aux relations internationales.

Il s’agit d’un atlas de la renaissance chinoise dirigé par Claude Chancel et Eric-Charles Pielberg.

Claude Chancel était mon professeur d’histoire et de géographie quand j’étais en classe préparatoire HEC au lycée Camille Guérin à Poitiers entre septembre 1983 et mai 1984. Il fait partie de ces enseignants qui ont beaucoup compté pour moi et c’était un roi de la carte. Il n’a pas perdu la main, il y en a plus de 50 dans cet indispensable hors-série.

Vous pouvez écouter un entretien avec Claude Chancel sur la puissance chinoise ici.

Bienvenue dans mes semaines Twitter 44 et 45. 

SOFICA, maladie française

Le site internet du CNC (Centre National du Cinéma et de l’Image Animée) explique ce que sont les SOFICA :

Les Sociétés de financement de l’industrie cinématographique et de l’audiovisuel (SOFICA) ont été créées par la loi du 11 juillet 1985. Elles constituent des sociétés d’investissement destinées à la collecte de fonds privés consacrés exclusivement au financement de la production cinématographique et audiovisuelle. Les SOFICA sont créées soit à l’initiative de professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, soit à celle d’opérateurs du secteur bancaire et financier.

Les SOFICA donnent lieu à des réductions d’impôts importantes : jusqu’à 8640 €

Miam, miam appétissant. Avec les SOFICA, on peut faire d’une pierre deux coups : 1. contribuer au financement du cinéma français ; 2. payer moins d’impôts. Et même trois coups : 3. espérer réaliser un investissement profitable.

Bon, pour le point 3, on repassera.

J’ai une théorie populiste qui vaut ce qu’elle vaut : en matière de placements, toute économie d’impôts à l’entrée sera très chèrement payée à la sortie.

Les SOFICA illustrent merveilleusement ma théorie populiste. Je rappelle que l’enveloppe de ces produits est limitée à 63 millions d’euros pour l’année en cours, c’est-à-dire presque rien. Mais quand même.

Dans son papier paru sur le site L’Argent & Vous, Olivier Decarre rappelle les résultats de l’étude qui’il a réalisée l’an dernier (c’est moi qui souligne en gras).

L’an passé L’Argent & Vous s’est penché sur les performances de 23 Sofica liquidées entre 2013 et 2017. Or, ce pointage a montré qu’aucune de ces structures n’a été en mesure de rembourser intégralement les investisseurs. Les taux de remboursement ont fluctué entre 36% et 80% (63% en moyenne).

La rentabilité des Sofica ne tient donc que grâce à l’avantage fiscal. Il est ressorti de notre étude que le TRI moyen de ces investissements était de 2,8% réduction d’impôt incluse. Mais même en intégrant cette carotte, les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous. De fait, 3 de ces Sofica ont dégagé une performance négative malgré l’avantage fiscal et 4 Sofica sur 10 ont fait moins bien que de simples fonds en euros. Les Sofica n’ont donc rien d’un jackpot fiscal…

Jackpot fiscal…

J’ai suggéré à Olivier Decarre de se pencher sur les frais de ces produits. Je soupçonne qu’ils sont aussi monstrueusement élevés que ceux d’autres produits dont la fiscalité favorable est la raison d’être principale, comme les FIP.

Si j’ai un peu de temps, je partirai à la recherche des prospectus des SOFICA. Si vous en avez sous la main, n’hésitez pas à me les faire parvenir.

Les jolis graphiques de JPMorgan AM

JPMorgan publie tous les trimestres un guide des marchés très riche en infographies. 

L’édition du 4ème trimestre 2018 ne déroge pas à la règle, voici ma sélection.

Ci-dessous, une comparaison de la performance d’un investissement initial de 5000 € dans deux versions d’un indice : la version sans dividendes (price dans le jargon, dividendes non réinvestis dans le graphique) et la version dividendes réinvestis. Période : du 1er janvier 1986 (je suppose, ce n’est pas précisé) jusqu’au 30 septembre 2018.

L’impact du réinvestissement des dividendes croît avec le temps : sur la période analysée, la valeur de la version dividendes réinvestis est 2,67 fois supérieure à celle de la version sans dividendes. 2,67 fois.

Mon commentaire populiste : la prochaine fois qu’un gérant ou un distributeur de produits financiers vous montre un graphique hors dividendes, mettez-le à la porte.

Rappel : le graphique ci-dessous n’est qu’une illustration. Il n’est pas possible d’acheter un indice, qui est une abstraction. Il est en revanche possible d’acheter un fonds indiciel répliquant un indice. Dans ce cas, des frais s’appliquent, qui viennent en déduction de la performance revenant à l’investisseur. 

Autre rappel : ce n’est qu’en 2012 que l’Autorité des Marchés Financiers a imposé aux sociétés de gestion d’utiliser la version dividendes réinvestis de leur indicateur de référence.

J’ai quelques obsessions anciennes, dont celle du choix des indices fait partie : vous retrouverez ici l’article que j’avais publié en décembre 2012 sur le site Quantalys (avertissement : je suis co-fondateur de Quantalys et en suis toujours actionnaire), dans lequel j’écrivais que « se comparer à un indice hors dividendes, c’est tricher. »

Vous avez dit longue durée ? En voici : le graphique ci-dessous compare la performance des liquidités, des obligations et des actions entre le 31 décembre 1899 et le 30 septembre 2018. Il s’agit de performance réelle, c’est-à-dire après inflation. On investit 1 $ au début de la période et on patiente.

Mesdames messieurs, ce graphique n’appelle pas de commentaire et illustre la hiérarchie de la performance des placements en fonction du véhicule sur longue durée.

Anecdotiquement, les liquidités ont eu une performance réelle négative aux Etats-Unis sur la période 2000-2017 (-0,7% en annualisé). Je rappelle que la rémunération du livret A et du LDD en France, actuellement de 0,75% par an, ne couvre plus l’inflation depuis longtemps.

Le temps est le meilleur ami de l’investisseur. Illustration ci-dessous de la magie de la capitalisation des rendements : on place 5000 € par an avec une performance annuelle de 5%, dans un cas, on commence à 25 ans, dans l’autre on commence à 35 ans.

Et on regarde la somme atteinte à 65 ans, quand vient le temps béni de la retraite.

Devinez quoi ?

On a beaucoup plus quand on a commencé plus tôt.

Avertissement : aucun placement ne garantit 5% par an, cette illustration est hypothétique et irréaliste. Elle n’est que cela : une illustration. Qui sert à faire passer le message suivant : commencez très tôt à épargner et à placer pour améliorer votre retraite. Et ce message sert les intérêts d’un gérant d’actifs comme JPMorgan AM, dont la rémunération est proportionnelle aux sommes qu’il gère.

Mais c’est aussi un message avec lequel je suis d’accord. Dommage qu’il soit aussi difficile de mettre en place des versements programmés pour de petites sommes. Ce serait bien de pouvoir placer 10 euros par mois avec son premier salaire sur un contrat d’assurance vie, non ? Et d’augmenter le montant des versements au fur et à mesure de l’augmentation de son salaire. Non ?

Back to the vinyl

J’ai pratiqué Jason Voss, CFA, quand il travaillait pour CFA Institute. Jason a été gérant de fonds avant de basculer vers la production de contenu. C’est un observateur attentif du secteur de la gestion d’actifs qui exprime des vues peu conventionnelles et souvent passionnantes. Son blog est ici.

Mark Gilbert, l’excellent éditorialiste de Bloomberg, a récemment posé quelques questions à Jason sur l’avenir du secteur de la gestion active à l’ère de la gestion indicielle conquérante.

Pour Voss, la part de marché de la gestion active pourrait descendre à 30% dans les 10 ans à venir, car les investisseurs sont de plus en plus séduits par la gestion indicielle. La gestion active ne peut pas s’aligner en matière de frais, et son discours est beaucoup plus complexe à comprendre.

Voss fait un parallèle avec l’industrie du disque : l’introduction du CD a fait de la musique enregistrée une commodité, mais le vinyl n’est pas mort pour autant et a même fini par faire son (modeste) retour. Donc gestion indicielle= CD et gestion active = vinyl.

La gestion active va de plus en plus être portée par des boutiques et utiliser des stratégies qui sont celles des hedge funds aujourd’hui. Elle doit accepter le fait que les investisseurs privés ne comprennent pas les produits qui leur sont vendus.

Les sociétés de gestion consacrent des ressources considérables au développement de produits, Voss pense qu’elles doivent dorénavant consacrer des ressources équivalentes au développement de services à destination des investisseurs. Selon lui, 

un pacte faustien a été proposé aux gérants d’actifs. Ils avaient le choix entre augmenter leurs actifs grâce au marketing – ce qui est très facile, mais est très bloquant en terme de stratégie – ou délivrer de l’alpha grâce à une gestion d’excellence. Il est beaucoup plus facile de choisir la voie du marketing.

Je ne suis pas certain que les gérants actifs aient « choisi » la voie du marketing. Je pense qu’ils cherchent sincèrement à générer de l’alpha, mais que leurs coûts bien trop élevés les en empêchent.

Quoi qu’il en soit, Voss suggère à l’industrie du conseil financier la voie de l’hyper-spécialisation en tenant compte des objectifs, de la tolérance au risque et de l’horizon de placement des investisseurs privés. Ce qui était réservé à la banque privée est, grâce à la technologie, accessible à tous les clients et à toutes les tailles de société de conseil financier.

Pour Voss, le conseiller doit passer du statut d’expert en produits d’investissement à celui de coach. Les compétences relationnelles deviendront plus importantes que les compétences techniques, car les compétences techniques seront intégrées aux outils technologiques. Ces derniers permettront de baisser considérablement le coût du service.

Si le coût de la gestion tend vers zéro, la seule prestation facturable sera le service.

Gérants d’actifs, êtes-vous prêts pour un monde de frais de gestion tendant vers zéro ?

Conseillers financiers, êtes-vous prêts à facturer explicitement une prestation de coaching et à laisser la technologie piloter la gestion ?

Frais bas et performance passée

…semblent être les deux critères principaux de choix des Registered Investment Advisors (RIA) interrogés par Schwab aux Etats-Unis. Je rappelle que les RIA ont une obligation fiduciaire vis-à-vis de leurs clients (fiduciary duty), alors que les broker-dealers, beaucoup plus nombreux, n’ont pour obligation que de proposer des produits qui conviennent aux clients (suitability standard).

Schwab a interrogé entre le 14 et le 31 août 381 RIA gérant au moins 50 millions de $ pour le compte de leurs clients.

Le lien dans les tweets ci-dessous ne fonctionnant plus, voici un lien vers le papier de Citywire USA. L’étude est accessible ici.

Le critère numéro un de choix d’un fonds indiciel, ce sont ses frais.

A frais et à objectif d’investissement équivalents, c’est la performance passée qui prime. Hmmm.

Les critères de choix d’une société de gestion sont la confiance et la performance.

Enfin, les ETF sont déjà (et seront de plus en plus) le véhicule de choix des RIA. Je rappelle que les ETF ne sont pas des mutual funds aux Etats-Unis. Et qu’il existe des mutual funds indiciels (alors qu’ils ne sont pas du tout répandus en France). Les RIA semblent donc apprécier le fait que les ETF puissent s’acheter et se vendre en bourse, là où les mutual funds indiciels s’achètent à la valeur liquidative, hors bourse.

Il fait dire que la guerre des prix fait rage chez les courtiers en ligne, qui proposent de plus en plus la gratuité des frais de transaction sur les ETF (voir iciOfficiel : le courtage ne vaut plus rien).

Aristophil, une affaire française

Je ne lis plus les news magazines depuis longtemps, mais par hasard et par chance, je suis tombé à l’aéroport sur un récent numéro de L’Express dans lequel j’ai lu une remarquable enquête de Jérôme Dupuis et Laurent Léger sur l’affaire Aristophil (eh oui, beauté du web, les tweets d’Aristophil sont toujours accessibles, le nom de domaine est en revanche disponible, des amateurs ?).

Aristophil avait été créée par Gérard Lhéritier, « l’empereur des manuscrits ». Au fil des ans, Lhéritier avait constitué une collection de 130000 pièces originales revendues, via Aristophil, à des épargnants auxquels il avait promis un rachat après 5 ans, avec 8% d’intérêt annuel. Le placement était défiscalisé et n’entrait pas dans l’assiette de l’ISF.

 Trop beau pour être vrai ? Ca ressemble à une pyramide de Ponzi ? Gagné.

On retrouve dans cette affaire les ingrédients habituels des pyramides de Ponzi : un vendeur-né qui sait faire rêver ses victimes, des victimes qui croient au Père Noël, les indispensables cautions médiatiques grassement rémunérées et les tout aussi indispensables courtiers payés à la commission par leur commanditaire.

Le vendeur-né, c’est Lhéritier, qui réussit à recevoir trois présidents de la République dans son Institut des Lettres et des Manuscrits installé dans un hôtel particulier de Saint Germain des Prés acheté 34 millions d’euros : Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Le parrain de l’Institut : Patrick Poivre d’Arvor.

Les victimes ? Elles seraient 18000, pour un préjudice estimé à 1 milliard d’euros.

Bruno J., transporteur alsacien, a investi 146 000 euros :

Aristophil m’a été présenté comme un produit sûr, car la société était en relation avec des gens célèbres, comme Patrick Poivre d’Arvor.

Christian R., policier qui dit avoir perdu 60 000 euros :

Mon courtier m’a cité les noms des personnalités qui étaient liées à Aristophil, comme PPDA, je lui ai fait confiance.

PPDA n’était pas rémunéré en tant que parrain. Pas directement en tout cas. Mais PPDA aime les vieux papiers. Et Gérard Lhériter va lui en offrir : manuscrits de Kessel, autographes de Balzac, Flaubert, Proust, Delacroix. Le tout pour une valeur (je suppose qu’il s’agit du prix payé par Aristophil pour les acquérir) de 189 480 euros, comptablement affectée à « Relations publiques, PDDA ».

Regardez cette vidéo d’une présentation d’Aristophil lors du salon Fiscap (le salon de l’ingéniérie patrimoine et fiscal) de 2011 (je crois) dans laquelle on voit trois intervenants : le vendeur-né ; l’expert apportant sa caution, le très sérieux Maître J-J. Daigre, Professeur de Droit et Avocat, détaillant les vertus de l’indivision pour devenir co-propriétaire de manuscrits ; et l’ex-présentateur du JT de TF1, tout en émotion, Patrick Poivre d’Arvor.

Comme le dit Lhéritier,

Aristophil, c’est l’art de conjuguer patrimoine culturel et diversification patrimoniale. 

Lhéritier a également rémunéré quelques journalistes (Natacha Polony, Michel Field, Franz-Olivier Giesbert, Bruce Toussaint) pour animer des débats lors des Journées européennes des Lettres et des Manuscrits. Tarif : 1000 euros pour deux heures de travail.

Mais si on veut vraiment faire rêver les clients et les courtiers (car il y avait bien entendu tout un écosystème de distributeurs, sur lequel l’article ne s’attarde malheureusement pas, mais vraisemblablement rémunérés à la commission par Aristophil), il faut voir grand : la fête organisée par Aristophil le 13 juin 2014 au Monte Carlo Bay Hotel est animée par Nikos Aliagas. Coût total : 900 000 euros, dont 65 000 pour l’animateur. 65 000 euros.

On retrouve également dans cette affaire les noms de Dominique de Villepin, de François-Marie Banier, de Johnny Depp ou de Jean-Claude Vrain, le plus grand vendeur d’autographes de France, qui avait trouvé en Lhéritier le client rêvé : il a en effet vendu à Aristophil pour 90 millions d’euros de livres et de manuscrits entre 2009 et 2014.

Vous avez bien lu : 90 millions d’euros. Selon les deux journalistes de L’Express, Lhéritier surpayait les ouvrages et manuscrits achetés à Vrain car ce dernier faisait pour Aristophil des expertises à des montants également très surévalués. Vous avez dit conflit d’intérêts ?

Evidemment, le chateau de cartes a fini par s’effondrer en 2014. Gérard Lhéritier, sa fille, Jean-Claude Vrain et quelques autres personnes sont mis en examen pour escroquerie en bande organisée.

Voici comment le principal courtier d’Aristophil expliquait le système dans une conversation téléphonique interceptée par les enquêteurs :

Lhéritier a un réseau d’experts autour de lui qui évaluent ses oeuvres. Le mec, il achète des oeuvres d’art et, deux ou trois ans après, il leur fait quadrupler le prix, en se basant sur un réseau d’experts avec lesquels il copine.

Je résume : un placement sûr qui rapporte 8% par an, la caution de gloires passées, un réseau de courtiers rémunérés par Aristophil à la commission, des experts ayant des conflits d’intérêts et des clients ayant choisi de croire au Père Noël.

Rien de nouveau sous le soleil.

Puisqu’on est dans les arnaques, Bad Blood de John Carreyrou vient de gagner le prix du FT and McKinsey Business Book de 2018.

Bad Blood, c’est l’histoire de Theranos, une société créée par Elizabeth Holmes, dont de nombreux grands médias économiques et financiers avaient rapidement fait la nouvelle Steve Jobs.

Theranos avait « inventé » une technique miraculeuse pour révolutionner les tests sanguins. En fait de miracle, il s’agissait d’une fraude mise à jour par Carreyrou, journaliste au Wall Street Journal.

On y trouve des avocats très agressifs (David Boies), des administrateurs prestigieux qui ont dormi pendant tout leur mandat (dont Henry Kissinger et James Mattis, l’actuel Ministre de la Défense des Etats-Unis) et des médias très complaisants.

Rien de nouveau sous le soleil.

La première guerre mondiale devait être la der des der. On sait ce qu’il en a été. Il est en de même pour les arnaques : parce que l’être humain est ce qu’il est, il y aura toujours des arnaqueurs et des arnaqués. Et des facilitateurs rémunérés pour établir la relation entre arnaqueurs et arnaqués.

Quand même, quand une institution financière (qu’il s’agisse d’une société de gestion ou d’un distributeur) invite ses clients dans des lieux somptueux, comment les clients ne comprennent-ils pas que c’est leur argent qui paie Nikos Aliagas, le champagne et les petits fours ?

Mathématiques de comptoir

Bon, le Richard Wiggins dont je parle ci-dessous s’appelle en fait Joe. C’est le Joe Wiggins que je cite régulièrement et qui édite l’excellentissime blog Behavioural Investment.

Avec Michael Edesess (mathématicien, économiste et chargé de recherche à Edhec Risk Institute), il a publié un papier absolument remarquable dans Institutional Investor sur ce que j’appelle les mathématiques de comptoir.

La thèse des deux auteurs ?

L’industrie financière utilise les mathématiques d’une manière qui ferait honte à tout autre secteur scientifique. La littérature universitaire et la recherche des praticiens sont truffées de non-sens pseudo-mathématique. Inutile d’aller chercher très loin la raison : de nombreux auteurs sont soit salariés, soit appointés ponctuellement par des sociétés de gestion ou des sociétés de conseil prospères. Face à l’intérêt croissant des investisseurs pour des stratégies d’investissement à base d’algorithmes, l’habitude – ou plus exactement la nécessité – est aujourd’hui d’utiliser un langage scientifique pour appuyer l’idée qu’il est mathématiquement prouvé qu’il est possible de battre systématiquement le marché.

Ce n’est pas vrai.

Diantre. Pis encore,

les mathématiques des sociétés de gestion sont des mathématiques commerciales (« sales maths« ). Peu importe qu’elles soient inutiles ou que tout le monde les interprète à sa façon. Les sociétés de gestion les utilisent pour impressionner leurs clients.

D’autres utilisent PPDA ou Nikos Aliagas.

Pour Wiggins et Edesess, depuis que d’innombrables études ont montré que collectivement, la gestion active ne produisait pas d’alpha (voir ici mes commentaires sur le baromètre gestion active/gestion passive de Morningstar pour les fonds domiciliés en Europe), l’industrie a cessé de parler d’alpha pour se concentrer sur la diversification et le risque.

D’où la floraison des stratégies quantitatives dites smart beta : diversification maximum, variance minimum, contribution égale au risque, pondération inversée en fonction de la volatilité. Ces stratégies qui visent à battre le marché dans son incarnation la plus communément acceptée, l’indice capipondéré, utilisent des mathématiques parfois complexes et ne sont pour les auteurs que de la poudre aux yeux.

Ils se penchent longuement sur la stratégie de diversification maximum (maximum diversification) notamment promue par la société de gestion française Tobam, pour en déconstruire méthodiquement les fondements.

Je vous laisse lire, c’est parfois ardu, mais Wiggins et Edesess s’attaquent de manière assez convaincante à l’argument principal des tenants du smart beta, qui affirment que les indices capipondérés sont surexposés aux valeurs les plus chères. Pour eux, cherté n’implique pas nécessairement surévaluation.

Dans cette semaine Twitter, il a été question de Bad Blood. Pour acheter ce livre, cliquez sur l’image ci-dessous.

 

Vous pouvez suivre le compte Twitter d’Alpha Beta Blog ici et mon compte en anglais là.

N’hésitez pas à réagir dans la rubrique « Laisser un commentaire » à la fin de chaque article. Votre contribution ne sera publiée qu’après validation par mes soins.

Je ne suis pas habilité à donner dans ce blog des conseils sur les produits, ne me sollicitez pas ici pour cela.

Si vous avez des questions, consultez un conseiller financier. Un conseiller financier, c’est quelqu’un que vous payez pour qu’il.elle vous donne des conseils. Dans le jargon de MIF 2, seul le conseiller exclusivement payé par ses clients peut se déclarer indépendant. 

Quelqu’un qui est payé par les fournisseurs de produits pour vous vendre lesdits produits, c’est un vendeur, pas un conseiller.

A vous de voir avec quel type d’intermédiaire vous préférez travailler. 

C’était mes semaines Twitter 44 et 45 de 2018. Sayōnara. さようなら.

Une réponse sur « Mes Semaines Twitter 44 et 45 de 2018 »

Tous les modèles entrainent un risque de modèle et ne doivent pas être pris comme des vérités révélées: Lopez de Prado, Cochrane, Malkiel, Taelb, C Walter à l’ILB récemment.

Mais, je ne comprends pas pourquoi les attaques ne portent pas sur le modèle canonique Fama-French (au coeur du CFA BOK) même s’il ne cesse de muter.

D’abord on intègre les anomalies Value+Growth en 1993/4 pour rattraper la sauce du CAPM et de l’EMH, puis en 1997 on rajoute Momentum afin de coller à la bulle TMT, puis on le retire et on rajoute Profitability et Investments en 2015. En dépit de ces acrobaties, la réalité du marché resiste toujours et semble se complaire dans l’anomalie.

De fait, ces modèles FF ont toujours été au coeur des propositions commerciales de Dimensional Fund Advisors où Fama et French siègent. Un Nobel aussi peut aider au marketing.

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