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Quoi de neuf dans le H2Ogate ?

En juin 2019, deux journalistes du Financial Times, Cynthia O’Murchu et Robert Smith, dévoilaient la présence dans certains fonds gérés par H2O Asset Management de titres très peu liquides émis par des sociétés liées au groupe de Lars Windhorst, un entrepreneur allemand pour le moins controversé.

1 an plus tard, et après 8 milliards d’euros de rachats, la société de gestion devait suspendre les transactions sur 6 fonds de droit français (en août 2021) puis créer (en octobre 2021) des fonds de cantonnement — les « side-pockets » — dans lesquels furent logés les actifs « Windhorst » illiquides, pour pouvoir les vendre sans excès de hâte afin d’en tirer le meilleur prix.

La valorisation de ces actifs, qui avaient déjà été dépréciés par H2O AM, fut estimée à la création des side pockets à 1,642 milliard d’euros.

Au fil des mois, près de 573 millions d’euros se sont virtuellement volatilisés : à fin septembre 2022 H2O AM n’estimait plus la valorisation des side pockets qu’à 1,069 milliard d’euros.

Tennor, la holding de Lars Windhorst, avait obtenu de ses créditeurs de consolider toutes ses dettes dans une émission unique remboursable en décembre 2021. Mise en faillite par un tribunal d’Amsterdam, la société obtint de ces mêmes créditeurs un sursis de 6 mois, jusqu’en juillet 2022, et l’annulation de sa faillite en appel.

En juillet, aucun remboursement. Pas très étonnant, hélas, quand on connaît l’histoire et les pratiques de Lars Windhorst : financements opaques, comptes non déposés, litiges multiples avec ses créditeurs, structures domiciliées dans des paradis fiscaux.

Mais, promis, juré, déclara-t-il en août à O’Murchu et Smith, je vais rembourser 550 millions d’euros aux side pockets dans les semaines à venir, car le premier semestre a été bon pour mes sociétés.

Quelques jours après, il fut de nouveau épinglé par les deux mêmes journalistes du Financial Times, qui révélèrent qu’il avait payé une officine israélienne pour mener des opérations souterraines afin de faire partir le président du Hertha BSC, le club de football dont Lars Windhorst est l’actionnaire majoritaire. Comme il n’avait pas réglé la facture de l’officine, cette dernière l’a assigné en justice. Dès la parution de l’article, la plainte était retirée, ce qui laisse à penser que Windhorst a fini par payer.

Un Collectif Porteurs H2O s’était constitué en décembre 2020 sous la forme d’une association présidée par Gérard Maurin, un conseiller en gestion de patrimoine désireux d’obtenir réparation pour ceux de ses clients qui avaient investi dans certains fonds H2O AM sur sa recommandation.

Cette association avait obtenu un premier succès en juillet 2022, quand le tribunal de commerce de Paris avait nommé un expert (« technicien constatant »), en la personne d’Eric Pinon, ancien président de l’AFG, pour vérifier l’adéquation, l’exhaustivité et la sincérité des pièces transmises par H2O AM. Eric Pinon doit rendre ses conclusions le 21 décembre.

L’association Collectif Porteurs H2O a ensuite annoncé un accord avec Deminor, une société de « litigation finance » qui assiste les entreprises et les investisseurs dans la monétisation de leurs demandes en justice en finançant le suivi de litiges collectifs et individuels afin de maximiser le recouvrement.

Rémunérée en cas de succès à hauteur de 25% des sommes recouvrées au pénal ou à l’amiable, Deminor finance désormais les frais d’avocats, d’expertise, les frais annexes et le suivi administratif, ce qui va permettre au Collectif Porteurs H2O de se battre à armes un peu plus égales avec H2O AM.

Cela fait plus de deux ans que les side pockets ont été créées, plus de deux ans d’un silence assourdissant de la part de H2O AM, des différents régulateurs impliqués, des assureurs ayant référencé des fonds H2O dans leurs contrats et ne les ayant pas déréférencés après la parution de l’article du Financial Times en juin 2019.

Le H2Ogate, ou le naufrage de l’écosystème français de la distribution de produits de placement.

Cette chronique, rédigée le 10 octobre 2022, est parue initialement dans le numéro de novembre 2022 de Gestion de Fortune, sans les illustrations, les notes de bas de pages, ni les liens.

Illustration : Le radeau de la méduse, peint vers 1818-1819 par Théodore Géricault (1791-1824). Musée du Louvre, Paris.

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