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Ma Semaine Twitter 43 de 2022

Les réseaux sociaux ont accéléré notre chute dans le trou sans fond de la société du spectacle 24/7.

La société du spectacle est le titre d’un ouvrage de Guy Debord (1931-1994) paru pour la première fois en 1967.

Le bouffon planétaire en chef qui maîtrise mieux que quiconque les codes de cette société du spectacle, c’est Elon Musk. Entrepreneur probablement génial, c’est en même temps un individu d’une extrême toxicité.

Il est arrivé jeudi 27 octobre au siège de Twitter, dont il est le nouvel actionnaire majoritaire, un lavabo (« sink ») dans les bras, et a tweeté finement : « let that sink in! » (« Réfléchissez à cela ! » ou un truc du genre, de toute façon le jeu de mots débile est intraduisible en français).

Ouaf, ouaf !

J’avais parlé ici d’un autre bouffon, qui sévit sur CNBC dans l’émission Mad Money, où il éructe depuis des années ses tuyaux boursiers, sans faire de conseil d’investissement, hein, c’est juste du divertissement : Jim Cramer.

Début juin, Jim avait prophétisé — sans faire de conseil d’investissement, hein, c’est juste du divertissement ! — que l’action Meta ne pourrait que monter (« nowhere else to go but up »).

Bien vu :

Le cours de l'action Meta était proche de 200 $ quand Jim a émis sa prophétie. Il était de 97,94 $ à la clôture du 27 octobre.

Sous le grand chapiteau du cirque des temps modernes, Jim a demandé pardon, larmes aux yeux, pour s'être trompé sur Meta.

Contrition, pénitence, rédemption, tu diras deux pater et trois ave, puis tu recommenceras à émettre tes prophéties en éructant.

Car la foule veut du pain et des jeux1.

Ah, j'oubliais, Jordan Belfort, Le loup de Wall Street, est de retour.

Guy Debord, pour la route : 

Plus on parle de transparence, moins on sait qui dirige quoi, qui manipule qui, et dans quel but.

Eric Holder (1960-2019) était un écrivain discret, très attachant, très différent. Nombre de ses livres ont été édités par une belle maison, Le Dilettante, dont j'adore les couvertures.

Il a notamment écrit La Belle Jardinière, Mademoiselle Chambon (roman joliment adapté au cinéma par Stéphane Brizé, avec Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon) ou encore De loin on dirait une île.

Il a livré entre 1996 et 2012 des chroniques à un excellent et pointu magazine littéraire, Le Matricule des Anges. Ces chroniques, qui ne parlent pas ou peu de livres, ont été rassemblées dans L'Anachronique, paru au Dilettante.

Les découvrir m'a procuré un immense bonheur.

Holder y parle de ceux que Simenon appelait les "petites gens", Pierre Sansot les Gens de peu, et les urbains aisés, ayant découvert l'authenticité des petites villes et des villages grâce au Covid, les "vrais gens".

Il y parle donc des gens, et c'est très beau.

J'ai couru le dimanche 23 octobre le trail de la Foulerie, à Chaumont-en-Vexin, dans sa version de 23 kilomètres. Le parcours magnifique alterne montées et descentes en forêt et passages à plat dans les champs.

C'est une belle épreuve, qui reverse en outre une partie des droits d'inscription à la lutte contre le cancer dans le cadre d'octobre rose2.

J'ai commencé à pratiquer le trail sur le tard, en 2019, et j'y prends beaucoup de plaisir. Pas de record pour ma 3è participation, mais un chrono honorable de 2:13:53. J'y serai l'an prochain aussi.

Photos : Jérôme Lamarque

Vous aussi, faites du sport. Bougez. Marchez.

Etienne.

Etonnant.

Hilarant.

 

 

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Bienvenue dans ma semaine Twitter 43 de 2022.

Capture réglementaire ?

Mes tweets ont d'ordinaire une diffusion des plus modestes : pour la plupart d'entre eux, les "impressions"3 s'étagent entre 100 et 500.

Exemple.

234 impressions.

Quand je tweete une photo de notre chat ou une photo peu flatteuse de moi en train de courir, ça peut dépasser 1000 impressions.

De temps en temps — rarement — un tweet s'emballe, notamment quand un poids lourd de Twitter le retweete parce que j'y ai mentionné un de ses billets.

Encore plus rarement, un tweet consacré à un sujet en apparence peu excitant s'emballe aussi, sans être relayé par un poids lourd.

Par exemple celui dans lequel j'ai mentionné l'annonce par Thierry Philipponnat de sa démission du collège de l'Autorité des Marchés Financiers.

Il y a plus sexy, non ?

Et pourtant.

Diantre.

Je ne connais pas Thierry Philipponnat mais je sais qui il est et j'ai suivi son parcours d'assez près. J'ai une certaine admiration pour lui, notamment parce qu'il a été le premier secrétaire général de Finance Watch (voir ci-dessous).

Son profil LinkedIn ne mentionne pas tout son parcours professionnel, mais il a commencé sa carrière dans le secteur financier.

Un article de Marie Charrel dans Le Monde du 28 novembre 2013 nous apprenait qu'il avait travaillé

chez Exane, comme associé fondateur responsable de l'activité « produits structurés » ; chez UBS, comme directeur en charge des dérivés d'actions ; ou chez BNP Paribas, là aussi à un poste de haut vol. 

Finance Watch est une ONG bruxelloise créée en 2011 suite à une pétition de députés européens demandeurs d'une expertise indépendante des acteurs de la finance.

Je rappelle que suite à la crise financière de 2008, les législateurs ont eu à légiférer, et que pour légiférer efficacement en matière financière, il faut essayer de comprendre comment fonctionnent les marchés financiers.

Idéalement en utilisant différentes sources d'informations. Les acteurs du secteur, mais aussi les observateurs extérieurs au secteur qui le connaissent bien.

La mission de Finance Watch : mettre la finance au service de la société.

Les membres de Finance Watch sont des syndicats, des ONG, des fondations et des particuliers. Ses ressources (2,255,162 € en 2021) proviennent des membres, de fondations et de l'Union Européenne, et pas d'acteurs du secteur financier.

Tout ça pour dire que Thierry Philipponnat connaît très bien le fonctionnement des marchés financiers et les incitations de ses acteurs, qu'il a dirigé une ONG dont la mission est de mettre la finance au service de la société et qu'il a donc été membre du collège de l'AMF pendant 8 ans.

C'est quoi, le collège de l'AMF ? Selon les propres termes de l'AMF,

Le Collège est le principal organe de décision et l’autorité de poursuite de l’AMF. Il comprend 16 membres issus d’univers différents.

Son rôle ?

  • Adopter les nouvelles réglementations.
  • Prendre des décisions individuelles.
  • Engager des procédures d’injonction et prendre des mesures d’urgence.
  • Examiner les rapports de contrôle et d’enquête et ouvrir les procédures de sanction ou proposer une transaction.
  • Prendre des décisions relatives au fonctionnement de l’AMF.

Ce collège de 16 membres est présidé par la présidente de l'AMF qui "bénéficie d’une voix prépondérante lors des délibérations, en cas de partage des voix."

Le représentant de la Banque de France et celui du président de l’Autorité des normes comptables sont nommés au titre de leurs fonctions, les autres membres du collège sont désignés par le vice-président du Conseil d'Etat, le premier président de la Cour de cassation, le premier président de la Cour des comptes, le président du Sénat, le président de l'Assemblée nationale, le président du conseil économique, social et environnemental et le ministre de l'économie et des finances.

Thierry Philipponnat avait été désigné par Claude Bartolone, alors président de l'Assemblée nationale, en novembre 2013.

Quelques heures avant la prise de fonction de la nouvelle présidente, Marie-Anne Barbat-Layani, Philipponnat a annoncé sa démission, remise au président par intérim de l'AMF, Jean-Claude Hassan, depuis son compte LinkedIn.

Il salue l'AMF :

Je peux témoigner que l’AMF a, au cours de ces années, largement rempli sa mission de protection des épargnants, d’information des investisseurs, de gardien de l’intégrité du système financier et, in fine, de garant du respect de l’intérêt général dans le domaine qui est le sien.

Mais voilà4

l’Autorité des Marchés Financiers a été conçue en tant qu’Autorité Administrative Indépendante. Ce statut est essentiel au bon accomplissement de sa mission. Autorité, elle doit l’être vis-à-vis d’une industrie financière qu’elle a comme mission de réguler et de superviser. Indépendante, elle doit l’être vis-à-vis de l’Etat dont la tendance naturelle, quelle que soit la couleur partisane des gouvernements qui se succèdent, est de vouloir faire passer sa volonté politique avant le respect des règles.

Or

De mon point de vue, les conditions ne sont plus aujourd’hui réunies pour que l’Autorité des Marchés Financiers fonctionne effectivement comme une Autorité Administrative Indépendante. De façon importante, cette question dépasse de loin la gestion des conflits d’intérêts tels qu’ils sont définis par la loi : la capture des régulateurs est un phénomène insidieux.

Le timing de l'annonce de cette démission peut laisser à penser qu'elle est liée à la nomination de la nouvelle présidente.

Quant à la capture des régulateurs, c'est une notion définie ainsi par Cyril Benoît dans un article de La revue française de science politique :

Le terme de « capture réglementaire » fait référence « au processus ou au résultat par lequel la régulation, en droit ou en application, est (ré)orientée de manière constante et/ou répétée pour servir les intérêts d’une industrie régulée [...] par l’action de l’industrie elle-même » (Daniel Carpenter, David Moss (eds), Preventing Regulatory Capture : Special Interest Influence and How to Limit It, New York, Cambridge University Press, 2014, p. 13).

Intéressons-nous donc à la nouvelle présidente de l'AMF.

Madame la présidente

J'avais parlé ici ("La campagne de l'AMF") du processus de nomination qui avait été un peu plus animé que d'habitude : l'un des candidats — Guillaume Prache — s'était en effet publiquement déclaré, ce qui ne s'était jusque là jamais fait à ma connaissance.

Il faut dire qu'il n'était pas du sérail, même s'il en partageait les formations (Sciences Po et ENA), mais pas du tout le parcours professionnel : il a fait sa carrière exclusivement hors de la sphère publique, alors que les précédents présidents de l'AMF étaient tous ce qu'on appelait dans le passé des "grands commis de l'Etat".

Il partait avec un handicap qu'il fallait essayer de compenser en partie par une visibilité médiatique.

J'avais osé une prédiction, alors que je suis généralement très prudent en la matière :

Guillaume Prache ferait sans doute un excellent président de l’AMF, mais je crains que le mode de désignation du président/de la présidente de l’AMF et le mode de fonctionnement de la fonction publique et des autorités administratives ne lui laissent que peu de chances d’être nommé à ce poste.

Le nom d'un autre candidat avait filtré, celui de Denis Beau, premier sous-gouverneur de la Banque de France qui était aussi membre du Collège de l’AMF (et l'est toujours).

Et c'est une autre candidate, dont le nom n'avait pas fuité dans la presse, qui a été nommée par décret du Président de la République : Marie-Anne Barbat-Layani (ci-après MABL).

Le président de l’AMF est nommé pour un mandat de 5 ans non renouvelable par le président de la République, après consultation préalable des commissions permanentes compétentes des deux assemblées.

Je rappelle que le mandat de Robert Ophèle, le prédécesseur de MABL, avait pris fin le 1er août 2022. L’intérim avait été assuré par Jean-Claude Hassan, membre du collège de l’AMF.

Le 22 juillet dernier, le ministère des finances a lancé un appel à candidature. Les candidats avaient jusqu’au 26 août pour se faire connaître. 

Ce calendrier est fort surprenant : pourquoi ne pas faire en sorte que le nouveau président prenne ses fonctions juste après la fin du mandat de son précédesseur ? Mystère. Il suffirait pourtant de modifier le calendrier.

Les candidatures retenues seront examinées par un panel de personnalités qualifiées. Le panel procèdera à l’audition des candidats retenus et présentera une recommandation pour la nomination aux fonctions de président de l’AMF.

A ma connaissance, on ne sait pas qui sont les "personnalités qualifiées" composant le panel. Rien de tel que cette opacité malheureusement encore trop fréquente pour encourager les soupçons de collusion et de complaisance au sein de ce que les complotistes appellent parfois l'Etat profond5

Quoi qu'il en soit, ce panel de personnalités qualifiées a donc recommandé MABL au Président de la République, lequel a saisi les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, conformément à la constitution, pour que les commissions des finances de chaque institution se prononcent sur cette proposition de nomination.

Qui est MABL ?

Formation : Sciences Po puis ENA.

Âge : 55 ans.

Parcours professionnel :

  • 1993-1997 : Direction générale du Trésor (adjointe au secrétaire général du Club de Paris puis adjointe au chef du bureau Énergie, Mines et Télécoms du Service des participations de l’Etat).
  • 1997-2000 : Représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne à Bruxelles en tant qu’attachée financière en charge des dossiers concurrence, aides d’État, et services financiers.
  • 2000-2007 : cabinet du ministre de l'Economie et des Finances.
  • 2007-2010 : directrice générale adjointe de la Fédération nationale du Crédit Agricole.
  • 2010-2012 : directrice adjointe du cabinet du premier ministre.
  • Mai 2012- Janvier 2014 : Inspection générale des finances.
  • Janvier 2014- Décembre 2019 : direction générale de la Fédération bancaire française et de l’Association française des banques.

Que vois-je ? Un parcours combinant public et privé, ayant exposé MABL à de multiples aspects de la réglementation financière. Madame Barbat-Layani me semble avoir nombre des compétences techniques requises pour le poste de présidente de l'AMF.

Qu'y ont vu les membres des commissions des finances de l'Assemblée nationale et du Sénat ?

La commission des finances de l'Assemblée nationale est présidée par le député LFI Eric Cocquerel. Lors de son audition, MABL a été questionnée à de multiples reprises sur sa capacité à gérer ses conflits d'intérêts (la captation est ici).

Pour certains des députés, il était inconcevable qu'elle puisse être nommée à la tête de l'AMF en raison de ce qui semble être un péché capital : avoir travaillé pour la structure de tête d'une grande banque (le Crédit Agricole) puis d'avoir dirigé la structure6 défendant les intérêts des banques françaises.

En d'autres termes, avoir travaillé pour les banques vous empêcherait de prendre la tête d'une autorité comme l'AMF.

La commission des finances du Sénat avait elle aussi questionné MABL sur la problématique des conflits d'intérêts.

Voici ce qu'elle avait répondu7 :

Pour ce qui est des conflits d'intérêts, un seul conflit d'intérêts juridiquement direct me concerne à ce jour : j'exerce un mandat pour le compte de l'État dans la banque Dexia. Si je suis retenue pour la présidence de l'AMF, je démissionnerai évidemment de ce mandat. Et si Dexia posait des questions à l'AMF, je ne pourrais pas me prononcer : c'est un cas clair de déport absolu.

Se pose ensuite une question plus complexe, celle de la théorie des apparences, qui va au-delà des conflits d'intérêts directs et manifestes prévus par la loi. Comment faire en sorte que les décisions de l'AMF ne puissent pas être considérées comment ayant été influencées par mon  parcours professionnel ? La réponse est plurielle.

D'abord, l'AMF est fondamentalement une instance collégiale. Les décisions de l'AMF sont préparées par différents services. Le travail est donc collégial, même si le président détient effectivement des pouvoirs propres, qui appelleront de ma part la plus grande vigilance. L'identification des conflits d'intérêts potentiels est systématique, y compris concernant le président. Grâce à la franchise du dialogue, la collégialité évite des décisions inadaptées et, si des questions restent litigieuses, la personne chargée de la déontologie peut intervenir. La prévention demeure dans tous les cas indispensable.

Je rappelle que la démission de Thierry Philipponnat était postérieure aux auditions de MABL. Mais la question de l'indépendance de l'AMF avait été évoquée. Voici comment la future présidente y avait répondu8 :

La question de l'indépendance a été soulevée, c'est une notion plus vaste que celle du conflit d'intérêts. Pour une autorité indépendante, l'indépendance se pose à la fois vis-à-vis du secteur régulé, mais aussi du Gouvernement. Au-delà de mon parcours et des interrogations qu'il peut susciter, je dirai que personne ne naît président ou présidente d'une autorité administrative indépendante ! Cela arrive à un moment d'un parcours professionnel, avant tout parce que l'on a acquis la conviction que l'on dispose, au fond de soi, de cette capacité à exercer une fonction indépendante. Il se trouve, par ailleurs, que j'ai été amenée à siéger au sein d'une autorité de contrôle indépendante, à savoir l'ancêtre de l'actuelle Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). J'y représentais l'État dans une position spécifique de commissaire du Gouvernement, une fonction très distincte de celle de président d'une autorité indépendante. Je mesure bien quelle est la spécificité du travail collégial au sein d'une autorité de ce type, notamment par rapport à une intervention éventuelle du commissaire au Gouvernement, qui peut, comme tout représentant de l'État dans telle ou telle institution, être amené à être porteur d'un certain nombre d'objectifs qui ne sont pas forcément partagés par l'autorité indépendante. L'indépendance est aussi un sujet qui passe par le Parlement puisque les autorités indépendantes rendent compte au Parlement. Dans ce cadre, vous aurez loisir de m'interroger aussi souvent que vous le souhaiterez, y compris sur la façon dont s'exerce mon indépendance quotidiennement sur tel ou tel sujet.

La commission des finances de l'Assemblée nationale avait voté en faveur de la nomination de MABL par 37 voix pour et 25 contre ; celle du Sénat avait fait de même par 20 voix pour et une contre.

Au risque de me répéter, je vois dans le parcours professionnel de MABL tous les éléments pour lui permettre d'être une bonne présidente de l'AMF. Je ne vois pas en quoi ses passages dans le privé l'empêcheraient d'exercer ses fonctions de manière indépendante.

Elle devra par ailleurs, comme elle l'a indiqué, rendre des comptes à l'Assemblée nationale et au Sénat, qui auront tout le loisir de s'assurer qu'elle exerce correctement ses fonctions.

Avant d'être nommé président de l'AMF, Robert Ophèle n'avait connu qu'un employeur pendant 36 ans : la Banque de France. Il a été un excellent président de l'AMF.

Les temps changent.

Matt et l'histoire des crypto

Matt Levine est un chroniqueur de Bloomberg.

De formation juridique, il a commencé sa carrière professionnelle dans un cabinet d'avocat avant de travailler chez Goldman Sachs.

Puis il a trouvé sa voie : écrire sur les marchés financiers.

Il le fait avec génie et beaucoup d'humour.

Il a notamment suivi au jour le jour la saga du rachat de Twitter par Elon Musk.

La semaine dernière, il a livré son opus magnum, qui occupe l'intégralité du dernier numéro du magazine Bloomberg BusinessWeek : "The Crypto Story".

C'est un tour de force dont je recommande vivement la lecture à tout honnête homme et à toute honnête femme9 désireux de comprendre la genèse du métavers des crypto et son fonctionnement.

Levine fait plutôt partie des crypto-sceptiques, mais il veut avant tout comprendre comment fonctionne la finance et il a trouvé dans la crypto un objet d'étude passionnant.

Pour vous abonner à la lettre quotidienne de Matt Levine, Money Stuff, cliquez ici. C'est gratuit, j'espère que ça va le rester longtemps.

Tous (ir)responsables ?

Selon un article paru en 2021 dans le magazine de l'Inserm, les nudges,

ces outils de « suggestion » disposés dans notre environnement, sont supposés nous aider à faire les bons choix, pour notre propre intérêt ou celui de la société. Les pouvoirs publics y voient un outil très commode pour faire évoluer nos comportements, notamment en matière de santé publique. Pour autant, leur efficacité à long terme n’est pas clairement démontrée, et leur utilisation pose des questions d’ordre éthique.

Le nudge a une face sombre : le sludge, lequel se matérialise dans les pires cas par des dark patterns (Sarah Newcomb de Morningstar en a parlé dans un excellent article).

Selon Wikipédia10,

un dark pattern ou dark UX (en français : interface truquée) est une interface utilisateur qui a été volontairement conçue pour tromper ou manipuler un utilisateur.

Le sludge, c'est l'art maléfique de dissuader l'utilisateur de faire certaines actions qui seraient pourtant dans son intérêt mais ne sont pas dans celui de l'entreprise, ou de lui présenter des informations ou des données qui le conduisent à prendre des décisions contraires à son intérêt (mais qui sont dans l'intérêt de l'entreprise, bien entendu).

Prenons un site de courtage en ligne, le leader en France, Boursorama11. Boursorama a signé un contrat avec le plus gros gérant d'actifs au monde, BlackRock, pour permettre à ses clients d'acheter et de vendre des ETF iShares sans payer de frais de courtage.

Bien entendu, quand c'est gratuit, ça n'est pas viable pour le courtier en ligne, qui vit notamment de frais de courtage. Boursorama indique donc percevoir une rémunération de la part de BlackRock.

Bon, et le sludge, il est où ?

Il est dans la convention de présentation retenue par Boursorama pour accéder à la liste des ETF iShares éligibles à l'offre zéro courtage.

Ces ETF sont en effet classés par performance à 1 an décroissante : apparaissent en tête de liste les ETF ayant délivré les meilleures performances.

+53,35% ! +31,17% ! +22,07% !

La belle affaire, me direz-vous, et alors ? Est-ce interdit ? On trouve bien des sites qui font la promotion de produits de placement auprès des conseillers financiers qui présentent la performance des fonds de leurs clients depuis le début de l'année, alors où est le problème ?

Le problème, c'est que choisir de présenter une liste d'ETF par ordre décroissant de performance à un an répond parfaitement à l'objectif de Boursorama, qui est d'encourager ses clients à acheter.

Dopamine ! Performance passée élevée ! Je trade !

En bon français, ce choix de présentation agit sur le levier FOMO12.

Agiter sous les yeux des clients les performances de court terme les plus élevées est bien plus incitatif que de les présenter par ordre alphabétique, option qui serait à mon humble avis bien plus responsable.

Car plus les particuliers sont actifs sur les marchés, moins leurs résultats sont bons13.

Cass Sunstein et Richard Thaler sont les théoriciens du nudge. Leur livre Nudge a été traduit en français.

De Cass Sunstein est paru l'an dernier Sludge - What Stops Us from Getting Things Done and What to Do about It.

Pour approfondir le sujet des nudges, je recommande la lecture d'un article de Julien Hernandez qui a interrogé Daniel Priolo et Emma Tieffenbach 14 dans Polytechnique Insights : Les nudges ne font pas consensus dans la communauté scientifique.

Des nouvelles du #H2Ogate

Il s'est passé quelque chose de rare le 24 octobre.

Je rappelle que H2O AM avait pris la décision de créer des parts SR pour certains fonds, en tous points semblables aux parts R, à un détail près : elles étaient beaucoup plus chères.

Les parts R ont été de facto fermées aux souscriptions. Dans un système où les "conseillers" (qui sont des vendeurs) sont rémunérés par des rétrocessions, nul n'a intérêt à protester contre une hausse des prix15.

Ben oui, pourquoi se priver quand le succès était au rendez-vous ? C'était le retour de l'inflation avant l'heure, et juste avant que le Titanic H2O AM n'éperonne l'iceberg Lars Windhorst.

Il a donc été possible de souscrire aux parts R de H2O Multibonds. Ce sont les heureux détenteurs de parts SR qui vont être contents, surtout quand on voit l'abyssale différence de performance entre les 2 parts, que la différence de frais de gestion fixes ne peut pas expliquer.

Depuis le coup de grisou lié à la brutale chute du rouble russe, les fonds affectés ont remonté une partie de la pente. Pas toute la pente : seuls 2 fonds ont effacé la baisse "russe" au 27 octobre.

Et si l’on regarde l’évolution depuis le plus haut atteint avant la scission des fonds en deux (la partie saine logée dans un nouveau fonds avec « FCP » à la fin du nom et la partie contaminée par le bacille illiquidita pestis windhorstis  🦠 dans le side pocket), la baisse est encore très, très loin d’avoir été effacée, comme on peut le voir plus bas.

Depuis la scission des 7 fonds sinistrés de H2O AM, il est très difficile de reconstituer la performance des « vieux » fonds d’avant la scission.

Je me livre à l’exercice en calculant une valeur liquidative reconstituée, égale à la somme de la valeur liquidative des « nouveaux » fonds liquides (FCP à la fin du nom) et de la valeur liquidative mensuelle estimative des side-pockets.

Cette valeur liquidative reconstituée est une fiction, car aucune transaction n’est possible sur les side-pockets.

Mais elle permet de voir où en sont les porteurs de parts. Notamment par rapport au plus-haut historique atteint par les « vieux » fonds avant qu’ils ne heurtent des icebergs et fassent naufrage en février et mars 2020.

Autre limite de l’exercice : rien ne dit que les porteurs de parts récupèreront l’équivalent de la dernière valeur liquidative estimative des side-pockets. On ne le saura que quand toutes les participations illiquides auront été revendues au seul acheteur, Tennor, la holding de Lars Windhorst.

Ou plus exactement au fur et à mesure du remboursement par Tennor de la « first super senior secured note » (FSSSN) émise par Tennor, portant intérêt au taux annuel de 4,5% et prévoyant la possibilité de remboursements intermédiaires. Je rappelle (j’en avais parlé ici) que le remboursement total était initialement prévu début 2022. Les créanciers de Tennor, pour éviter la mise en liquidation de la société imposée par un tribunal néerlandais, ont consenti un délai supplémentaire de 6 mois (soit un remboursement début juillet 2022).

Je rappelle aussi que, comme de bien entendu, il n'y a eu aucun remboursement en juillet 2022 de la part de Tennor.

Voilà où on en est au 27 octobre 2022 (date de la VL des fonds liquides dont le nom se termine par « FCP », la dernière valeur liquidative mensuelle estimative des side-pockets étant en date du 30 septembre 2022).

En matière de décollecte, voilà où on en est.

En matière de performance, voilà où on en est.

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C’était ma semaine Twitter 43 de 2022. Sayōnara. さようなら.

Illustration : Les paparazzi dans La Dolce Vita de Federico Fellini (1960), photographie noir et blanc colorisée avec IMG2Go

  1. Ou, dans la version contemporaine, des aliments ultra-transformés et des expériences divertissantes, regardées simultanément sur plusieurs écrans.
  2. Cette année, 1338 € seront versés à la Ligue contre le cancer et à l'association Perspectives contre le cancer.
  3. Une des métriques de Twitter.
  4. Italique ajouté par mes soins pour mettre en valeur ce qui me semble important.
  5. Je crois me rappeler que l'actuel Président de la République a lui-même employé ce terme (source). Hélas.
  6. Le lobby.
  7. Italique ajouté par mes soins pour mettre en valeur ce qui me semble important.
  8. Italique ajouté par mes soins pour mettre en valeur ce qui me semble important.
  9. Au sens qu'avait cette expression chez Pascal au 17è siècle.
  10. Page consultée le 25 octobre 2022 à 14h20.
  11. J'y ai un compte-courant et un compte-titres PEA.
  12. Fear of missing out.
  13. Lisez la recherche du professeur Terrance Odean, dont c'est le sujet d'étude principal. Et notamment "Trading is Hazardous to Your Wealth: The Common Stock Investment Performance of Individual Investors" co-écrit avec Brad Barber et paru dans le Journal of Finance, Vol. LV, No. 2, April 2000, 773-806.
  14. Respectivement maître de conférences en psychologie sociale à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 et docteur en éthique et spécialiste de l’éthique du don.
  15. Sauf le client final, bien sûr, mais l'écosystème n'en a cure.

2 réponses sur « Ma Semaine Twitter 43 de 2022 »

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