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Ma Semaine Twitter 50 de 2018

Je dois confesser ma perplexité face au mouvement des « Gilets Jaunes ». Comme j’évite soigneusement de regarder les informations des chaînes TV en général et BFM TV en particulier, et ne me hasarde quasiment jamais sur Facebook, j’ai essayé de comprendre en lisant mes journaux habituels, Le Monde et Le Canard Enchaîné.

Notamment les contributions des pages Opinion du Monde. Et aussi le très beau papier de Florence Aubenas, qui a passé quelques jours à Marmande. Ca s’appelle « Gilets Jaunes » : la révolte des ronds-points. Et  les comptes-rendus des audiences en comparution immédiate dans les deux journaux. 

J’ai aussi lu la semaine dernière le dernier livre de Christophe Guilluy, No society – La fin de la classe moyenne occidentale, paru en octobre dernier chez Flammarion.

Guilluy est géographe de formation. De lui, j’avais également lu Fractures françaisesLa France périphérique : Comment on a sacrifié les classes populaires, et Le crépuscule de la France d’en haut

Les titres des ouvrages de Guilluy décrivent parfaitement sa thèse. Dans son dernier livre (No society, qui reprend une expression de Margaret Thatcher en 1987, « there is no society »), Guilluy étend son analyse aux pays occidentaux. La citation ci-dessous résume assez bien la tonalité du livre.

Aujourd’hui, « noblesse n’oblige plus ». En rompant le lien entre le haut et le bas, qui conditionne l’existence même de la société, les classes dominantes et supérieures ne cherchent plus à faire société, mais sécession. Libérée de ses obligations, la nouvelle bourgeoisie déserte. De leur côté, conscientes de cette mise à distance, les classes populaires ne reconnaissent plus aucune légitimité à ce monde d’en haut qui fuit ses responsabilités et ont entamé leur grand marronnage.

Le marronnage, c’est le nom que l’on donnait à la fuite d’un esclave à l’époque coloniale (voir ici la définition de Wikipedia).

Lisez No Society, c’est dérangeant. Il est important d’être dérangé. Pour cela, il suffit de se confronter à des thèses différentes des siennes pour combattre les effets du biais de confirmation. Le biais de confirmation, c’est notre tendance de chercher avant tout des arguments qui nous confortent dans nos opinions et d’ignorer tout ce qui va à l’encontre de ces mêmes opinions.

Ce biais de confirmation est accentué par la bulle de filtre dans laquelle les utilisateurs des réseaux sociaux vivent. « Bulle de filtre », c’est une expression d’Eli Pariser, un activiste de gauche de l’internet, auteur de The Filter Bubble: What The Internet Is Hiding From You (2012).

La bulle de filtre, c’est l’état dans lequel je me trouve quand je m’informe avant tout via les réseaux sociaux, dont les algorithmes personnalisent les informations mises à ma disposition. Qui dit « personnalisation » dit filtrage et exclusion de tout ce qui peut me fâcher.

En 2019, c’est promis, je sors de ma bulle de filtre et je lis les prévisions macro-économiques des stratégistes.

Euh, peut-être pas quand même.

Margaret Thatcher (« there is no society ») est arrivée au pouvoir en mai 1979. Deux ans auparavant, les Sex Pistols chantaient No Future (God Save The Queen).

No future
No future
No future for you
 
No future
No future
No future for me

En 2018, on a l’impression que ces mots sont toujours d’actualité pour une grande partie de la population en France. La mondialisation n’a pas bénéficié à tout le monde, loin de là.

Terminons cette introduction par un dessin. L’irremplaçable Plantu a trouvé un improbable point commun entre les « Gilets Jaunes » et une partie des « classes dominantes et supérieures ».

Bienvenue dans ma semaine Twitter 50 de 2018.

Le modèle norvégien pour tous

Elroy Dimson est un spécialiste de l’histoire des marchés financiers. Il a coordonné, avec David Chambers, l’édition d’un ouvrage remarquable publié par la Research Foundation de CFA InstituteFinancial Market History: Reflections on the Past for Investors Today. La version électronique peut être téléchargé gratuitement ici

Sur son excellent blog The Evidence-Based Investor, Robin Powell s’est entretenu avec Dimson. 

Dans la première partie de l’entretien, Dimson insiste sur les leçons de l’histoire en matière de placements, et notamment l’importance de la diversification.

Dans la seconde partie (lien dans le tweet ci-dessous), Dimson aborde l’ESG, les placements plaisir, et le modèle norvégien.

Le modèle norvégien, vraiment ?

Dimson fait référence au fonds de pension d’Etat norvégien, qui investit une partie des recettes tirées du pétrole et du gaz naturel. J’avais déjà parlé du Statens pensjonsfond utland ici (Heureux Norvégiens). 

Ce fonds de pension investit dans des actions du monde entier. Dimson, qui en a présidé le conseil stratégique en 2016, décrit le modèle norvégien comme la diversification maximum au plus bas coût. Le fonds de pension détient en effet des actions d’environ 9000 sociétés. Quant à ses frais de gestion depuis le 1er janvier 1998, ils sont très, très bas : 0,08%.

Dimson rappelle qu’un investisseur privé peut également s’exposer aux actions de plus de 7000 sociétés en investissant dans un ETF à bas coûts répliquant un indice global. Par exemple le MSCI ACWI (qui contient au 30 novembre 2018 2784 valeurs) et le MSCI World Small Cap (qui contient à la même date 4321 valeurs), pour couvrir toutes les tailles de capitalisation. 

Le Lyxor MSCI All Country World UCITS ETF donne accès pour 0,45% de frais de gestion (c’est bien trop cher, vivement qu’il y ait un peu de concurrence sur le marché européen des ETF)  à l’indice des grandes et moyennes capitalisations.

Le SPDR MSCI World Small Cap UCITS ETF donne accès pour 0,45% de frais de gestion à l’indice des petites capitalisations. 

Quel dommage qu’il n’existe pas en France d’ETF qui donne accès à la totalité des actions, pays développés et pays émergents, grandes, moyennes et petites capitalisations.

Le site de Norges Bank Investment Management, qui gère le fonds de pension, est ici. L’information fournie est d’une grande qualité et d’une grande transparence.

Pour plus de 0,2%, t’as plus rien

Les années se suivent et se ressemblent aux Etats-Unis : collecte nette massive pour les fonds indiciels, décollecte nette massive pour les fonds gérés activement.

Mais au sein de la famille indicielle, pour collecter, mieux vaut avoir des frais très bas.

En effet, selon Eric Balchunas de l’agence Bloomberg, 97% des 400 milliards de $ de la collecte nette positive des fonds indiciels depuis le début de l’année se sont portés sur des produits ayant des frais de gestion inférieurs à 0,20%.

Au risque de me répérer, vivement qu’il y ait une vraie concurrence tarifaire sur le marché européen des ETF. 

T’es rationnel.le ou t’es raisonnable ?

Morgan Housel est un des meilleurs bloggeurs financiers aux Etats-Unis.

Dans un récent post, il distingue le rationnel du raisonnable.

Nombre de théories financières postulent que l’être humain est rationnel. Housel a un autre point de vue.

Ma théorie, c’est que la plupart des modèles d’investissement maximisent la performance ajustée du risque, mais dans la vraie vie, chaque investisseur veut maximiser la probabilité de bien dormir la nuit et d’être fier de soi dans un monde complexe.

Il rappelle qu’Harry Markowitz qui fut récompensé par le prix Nobel d’économie pour ses travaux sur la relation entre la performance et le risque des actifs financiers, a dit rechercher avant tout la « minimisation du regret » pour la gestion de son propre portefeuille, plutôt que la maximisation du couple rendement/risque.

Etre rationnel, c’est compliqué. Etre raisonnable, c’est beaucoup plus facile.

Par exemple, il n’est pas rationnel d’être surexposé aux valeurs de son marché domestique sous prétexte qu’on a l’impression de mieux les connaître (le fameux biais domestique). Mais si l’on admet qu’investir, c’est en réalité confier son argent à des étrangers, alors le faire en raison d’une familiarité plus grande avec les entreprises locales devient tout à fait raisonnable.

Le day trading et le stock picking ne sont pas rationnels pour la plupart des investisseurs, mais à petites doses, ces activités sont raisonnables si elles permettent de soulager un désir irrépressible en en limitant les conséquences négatives.

En bref, entre l’homo economicus des théories économiques et financières dominantes et vous et moi dans la vraie vie, il y a un gouffre.

Si vous voulez creuser, lisez le passionnant papier d’Antara Haldar sur l’économie, cette discipline qui refuse le changement, paru dans The Atlantic

Et si vous voulez vous convaincre que nous ne sommes pas toujours des individus totalement rationnels cherchant en permanence à maximiser des fonctions d’utilité, lisez Système 1, système 2 : les deux vitesses de la pensée de Daniel Kahneman, l’un des grands noms de la finance comportementale, lui aussi Prix Nobel d’économie.

Apocalypse indicielle, la suite

Ca faisait longtemps que Carpentier n’avait pas pris la parole dans ma semaine Twitter.

Carpentier, c’est l’un des personnages (celui qui n’a pas de moustache sur la photo du tweet ci-dessous)  d’une hilarante série réalisée par Bruno Dumont et diffusée par Arte en 2014 pour la saison 1 (P’tit Quinquin) et en 2018 pour la saison 2 (Coin Coin et les z’inhumains).

Quand je trouve des arguments particulièrement stupides contre la gestion indicielle, je les place sous la bannière détournée de « C’est quand même pas l’apocalypse indicielle ». En effet, tout au long des quatre épisodes de la saison 2, on retrouve une phrase culte (pour moi au moins) : « c’est quand même pas l’apocalypse », que j’ai détournée au profit de ce blog.

Un grand merci à Michael Brush pour sa chronique très divertissante sur le site Marketwatch.com aux Etats-Unis. Michael est un partisan de la gestion active qui vend des abonnements à sa lettre de conseils boursiers. Son revenu dépend de sa capacité à convaincre de la pertinence de ses conseils et il a un intérêt à dénigrer la gestion indicielle.

Ce qu’il a fait avec maestria. 

Barry Ritholtz lui-même s’est chargé de réfuter les trois critiques de Brush. Ritholtz est un des papes de l’evidence-based investing, je le cite très régulièrement dans ce blog.

Selon lui, la montée en puissance de la gestion indicielle 

est une menace existentielle pour de nombreux segments du secteur des services financiers : dès lors que les investisseurs décident de simplement « acheter le marché », de nombreux métiers deviennent inutiles, les traders, les rédacteur de newsletters de conseils boursiers, certains gérants actifs.

  1. La gestion indicielle contribue aux bulles, à la hausse comme à la baisse : pendant la crise de 2008, Ritholtz rappelle que 259 milliards de $ ont été retirés par les investisseurs des fonds actions gérés activement, et que 205 milliards de $ se sont portés sur les fonds indiciels. Il s’est passé la même chose aux Etats-Unis en octobre (décollecte des fonds gérés activement, collecte pour les fonds indiciels, voir ici, Qui c’est qui panique ?).
  2. Les fonds indiciels dégradent la qualité de l’analyse financière : pour Ritholtz, les analystes financiers sell side ont toujours été collectivement médiocres. Trop optimistes par construction, ils souffrent également de nombreux conflits d’intérêts (Ritholtz parle ici des analystes sell side, travaillant pour des courtiers dont le chiffre d’affaires est notamment constitué de commissions et qui ont donc une incitation majeure à faire faire le plus de transactions possibles à leurs clients). Pour Ritholtz, c’est l’inverse de ce qu’avance Brush qui est vrai : les analystes financiers aux prestations chères, médiocres et aux multiples conflits d’intérêts ont contribué à la montée en puissance de la gestion indicielle.
  3. Les fonds indiciels contribuent à dégrader la gouvernance d’entreprise : de nouveau, Ritholtz pense que c’est exactement l’inverse. Les fonds indiciels sont les vrais investisseurs de long terme, puisqu’ils sont contraints d’être actionnaires d’une société tant que celle-ci est présente dans l’indice. Et Ritholtz de rappeler la récente campagne de State Street Global Advisors, le numéro 3 de la gestion indicielle, en faveur d’une féminisation des conseils d’administration des sociétés cotées, ou les appels de BlackRock, numéro un de la gestion indicielle, pour que les sociétés cotées adoptent une approche de plus long terme.

Là encore, chacun est dans sa bulle de filtre. Mais Ritholtz me semble nettement plus ouvert que Brush. 

Les vertus de l’illiquidité

Joe Wiggins, CFA, est mon blogueur préféré en matière de finance comportementale. Si la matière vous intéresse, suivez donc Behavioural Investment.

Il s’est récemment demandé s’il existait une prime comportementale d’illiquidité.

Joe compare deux investissements : l’un a une valorisation au prix de marché et une liquidité quotidiennes, l’autre fait l’objet d’une évaluation annuelle avec une liquidité également annuelle. Selon lui, l’investisseur dans la structure illiquide bénéficiera d’une prime de long terme. 

En effet, la plupart des problèmes comportementaux des investisseurs sont liés à la possibilité de réagir aux fluctuations de prix en effectuant des transactions.

Dans le cas de fonds illiquides : 

  • La volatilité perçue est par construction moindre
  • La capacité à faire des transactions est par construction réduite

Wiggins donne quelques astuces aux investisseurs en fonds liquides pour créer un cadre mental favorable similaire à celui fourni par les fonds illiquides :

  • Rendre plus difficiles les transactions en auto-limitant les décisions d’investissement
  • Consulter son portefeuille le moins fréquemment possible (pour réduire la volatilité perçue).

Il a conscience de la difficulté de l’exercice.

Alors que la technologie permet d’accéder [à son portefeuille aisément et à tout instant], de telles suggestions peuvent apparaître au mieux simplistes et au pire rétrogrades, mais elles sont essentielles pour permettre à l’investisseur de définir un plan d’investissement de long terme et de s’y tenir.

Comme le disait il y a fort longtemps Benjamin Graham, le père de l’analyse financière et de l’approche Value, dans son livre The Intelligent Investor paru en 1949 (vous pouvez aussi l’acheter dans sa version française, L’Investisseur intelligent) :

Le principal problème de l’investisseur – et même son pire ennemi – c’est vraisemblablement lui-même.

Dans ma semaine Twitter 50 de 2018, il a été question de No society – La fin de la classe moyenne occidentale, de Fractures françaises, de La France périphérique : Comment on a sacrifié les classes populaires, de Le crépuscule de la France d’en haut, de The Filter Bubble: What The Internet Is Hiding From You, de Système 1, système 2 : les deux vitesses de la pensée, de P’tit Quinquin et Coin Coin et les z’inhumains, et de The Intelligent Investor et de L’investisseur intelligent.

Ces produits peuvent être commandés en cliquant sur les images ci-dessous.

La semaine dernière, j’ai écrit sur le lancement de ma nouvelle société, Alpha &K. C’est ici.

Vous pouvez suivre le compte Twitter d’Alpha Beta Blog ici et mon compte en anglais .

N’hésitez pas à réagir dans la rubrique « Laisser un commentaire » à la fin de chaque article. Votre contribution ne sera publiée qu’après validation par mes soins.

Je ne suis pas habilité à donner dans ce blog des conseils sur les produits, ne me sollicitez pas ici pour cela.

Si vous avez des questions, consultez un conseiller en investissement financier. Un conseiller en investissement financier, c’est quelqu’un que vous payez pour qu’il.elle vous donne des conseils. Dans le jargon de MIF 2, seul le conseiller exclusivement payé par ses clients peut se déclarer indépendant.

Quelqu’un qui est payé par les fournisseurs de produits pour vous vendre lesdits produits, c’est un vendeur, pas un conseiller.

Je connais un conseiller financier payé par ses clients. Il s’appelle Alpha & K, j’en suis co-fondateur. Plus d’informations sur le site de la société.

C’était ma semaine Twitter 50 de 2018. Sayōnara. さようなら.

2 réponses sur « Ma Semaine Twitter 50 de 2018 »

Bonjour,

Pour sortir du biais de confirmation, je vous donne un blog dans cet esprit
http://fboizard.blogspot.com/

Le bloggeur fait une bonne sélection d’articles et les commentateurs sont généralement de bon niveau.

Question sur les ETF que je n’arrive pas à formuler au mieux, disons :
A partir de quelle taille les ETF ne réplique plus l’indice, mais « devient » l’indice ?

J’ai l’exemple en tête des titres obligataires Casino, qui passant de IG à HY et sur fond de mauvaises nouvelles, ont performé. Ils ont été intégrés aux indices XO et du coup, les obligations ont monté en prix au lieu de continuer à baisser.

Je ne crois pas une seconde que l’inclusion d’un titre (action ou obligation) dans un indice impacte durablement sa valorisation. L’impact semble en revanche exister à court terme : dès que le fournisseur de l’indice annonce les modifications, ce qu’il fait généralement à l’avance, certains investisseurs de type hedge funds achètent les titres avant que les produits répliquant l’indice ne puissent le faire. Mais cet effet ne semble pas durable.

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