Catégories
Semaine Twitter

Ma Semaine Twitter 51 de 2023

Jonathan Clements a longtemps été journaliste au Wall Street Journal.

Il anime aujourd’hui un site qu’il a créé, Humble Dollar, auquel contribuent de nombreuses plumes, qui ne sont pas des journalistes mais des praticiens de l’investissement, à titre professionnel ou pas.

Humble Dollar parle notamment de la préparation financière à la retraite, et des comportements en matière de gestion de de ses placements à adopter une fois que l’on est à la retraite (la phase de « décumulation » dans le jargon).

C’est toujours passionnant, même si l’angle adopté est très centré sur les Etats-Unis.

Dans un récent billet, Clements rappelle qu’il ne faut pas se laisser influencer par l’actualité quotidienne dans la gestion de son portefeuille et avoir une perspective de long terme.

En 2023, comme pendant toutes les années précédentes, il y a eu des crises, des guerres, des catastrophes et des prédictions apocalyptiques. En 2023 comme pendant toutes les années précédentes, certaines de ces prédictions pouvaient inciter les investisseurs à vendre toutes leurs actions.

En 2023 comme pendant toutes les années précédentes, il valait mieux garder le cap plutôt que vendre à chaque correction.

Clements avance deux justifications :

  • Les marchés financiers sont efficients, mais à l’occasion deviennent totalement et puissamment irrationnels.
  • Personne ne sait ce que valent les actions, mais elles ont une valeur fondamentale.

Si les marchés étaient efficients, la solution la plus sensée serait d’utiliser des produits indiciels à très bas coûts pour s’exposer à un mix actions/obligations dépendant de l’horizon d’investissement.

Bien qu’ils ne le soient pas tout le temps, en raison d’épisodes souvent brefs d’emballement collectif (Clements cite 2021 et la popularité des SPAC, des crypto, des NFT et des meme stocks), il suffit de ne pas participer à ces emballements et de garder le cap.

Le retour à la raison finit toujours pas se produire, et les instruments financiers concernés par l’emballement reviennent à leur valeur fondamentale.

Jonathan Clements distille dans un article des vérités fondamentales pour tous les investisseurs, notamment les futurs investisseurs, ceux qui hésitent, ceux qui considèrent que la bourse, c’est pour les riches, que c’est trop risqué, qu’il faut avoir du temps que les petits épargnants s’y font avoir (voir ci-dessous la vignette sur le dernier Baromètre de l’AMF).

Dommage qu’il y ait si peu de Jonathan Clements.

J’ai lancé en novembre 2023 un Substack à destination des investisseurs privés, L’Odyssée des Placements. Mon objectif ? Contribuer à améliorer la littératie financière des abonné.e.s.

Le lancement est parrainé par Indexa Capital, qui commercialise en France le contrat d’assurance vie en gestion sous mandat le moins cher (j’en avais parlé ici) : Indexa Vie Spirica.

Vous pourrez bénéficier sous conditions d’une remise pendant un an sur les frais d’assurance et de mandat en suivant ce lien. Si vous souscrivez, je bénéficie de la même remise sur mon propre contrat Indexa Vie Spirica.

J’ai lu la semaine dernière un livre d’Edouard Morena, qui vaut beaucoup mieux que son titre, bien trop racoleur : Fin du monde et petits fours – Les ultra-riches face à la crise climatique.

Maître de conférences en science politique à l’University of London Institute in Paris, l’auteur décortique le fonctionnement des réseaux d’influence des milliardaires qui se sont auto-proclamés champions de la lutte contre les effets du changement climatique et promeuvent un capitalisme vert.

Les leaders et leadeuses d’opinion climatiques peuplent un univers parallèle de faux-semblants où les sommets pour l’action climatique et autres événements sont leur village Potemkine, des décors en carton-pâte en complet décalage avec la réalité. A force de participer et d’alimenter cet entre-soi, ils et elles finissent pas y succomber ou, à tout le moins, à en devenir accros. Ils se mettent à croire aux histoires qu’ils racontent et dont ils sont les principaux personnages. Et même lorsqu’au fond d’eux-mêmes ils ont des doutes, le fait de s’entourer d’autres leaders et de participer à ce cirque climatique les rassure. Se réfugier dans cet univers douillet et sous contrôle offre la possibilité de fuir le réel et ses propres contradictions. Le One Planet Summit et Climate Week NYC sont un peu leur Lexomil.

Je suis aussi tombé, grâce à un bibliothécaire qui l’avait mis en avant à la médiathèque Françoise Sagan à Paris, sur un roman prodigieux de Richard Morgiève, United Colors of Crime.

C’est l’histoire de Chaim Chlebeck, alias Ryszard Morgiewicz. Il est né Morgiewicz mais a choisi de prendre l’identité de Chlebeck, soldat des Etats-Unis mort à ses côtés en mai 1944 à Monte Cassino.

Rentré aux Etats-Unis, il devient tueur pour la mafia, finit par assassiner un autre tueur d’une famille rivale, part au Texas après avoir volé beaucoup d’argent, échappe de peu à la mort, est recueilli et soigné  dans un ranch isolé par Dirk, un physicien allemand âgé, et Dallas, sa jeune femme mi-Navajo, mi-Apache. 

C’est noir, très noir, désespérant et magnifique.

Ce roman m’a un peu fait penser au Cormac McCarthy de Méridien de sang, Suttree et De si jolis chevaux  et No Country for Old Men, qui fut également adapté au cinéma par les frères Coen, et c’est un compliment.

La bonne nouvelle, c’est que Morgiève a écrit deux autres romans de la même veine (Boy et Love), réunis dans un seul volume.

Votre réveillon de Noël a–t-il été réussi ?

Au nôtre, nous avons remplacé les huîtres par du bon vin.

Vous trouvez déjà ce billet trop long ? J’ai fait la synthèse de ce qui suit dans une vidéo de 2 minutes 15.

Vous pouvez même vous abonner à la chaîne YouTube d’Alpha Beta Blog ici.

Bienvenue dans ma semaine Twitter 51 de 2023.

Le bal des faux-culs

Le regretté Charlie Munger était un sage qui disait les choses parfois crûment, comme quand il parlait des SPAC :

The investment banking profession will sell ‘sh*t’ as long as ‘sh*t’ can be sold.

A savoir :

Les professionnels de la banque d’investissement vendront de la merde tant que la merde pourra se vendre.

S’il n’y avait que les banques d’investissement, ce serait un moindre mal, mais ce n’est pas le cas.

Tenez, les crypto. Ces instruments de spéculation dont on n’a pas encore découvert l’utilité, ces problèmes en quête d’une solution.

Elles étaient à l’origine dévolues aux aficionados, aux primo-convertis. Le monde institutionnel les regardait en se bouchant le nez.

Puis les teneurs de marché, attirés par l’amateurisme des intervenants, se sont rapprochés des acteurs importants (Binance et FTX) pour tondre les investisseurs tenir les marchés.

Parfois en trichant pour contourner la législation étatsunienne (j’attends avec impatience que la justice de ce pays porte plainte contre les institutions délinquantes).

Mais voilà, le bitcoin est toujours là, et certains poids lourds, jusque là très sceptiques, changent d’avis, y voyant peut-être une source de revenus qu’il conviendrait de ne pas manquer.

Comme Larry Fink de BlackRock, dont l’opinion a évolué au fil du temps : il fut un temps où il déclarait au sujet du bitcoin que le monde n’avait pas besoin d’une nouvelle devise internationale.

Aujourd’hui, il semble être devenu suffisamment convaincu par le bitcoin pour que le premier gérant d’actifs, qu’il dirige, dépose un dossier auprès de la SEC en vue de lancer un ETF bitcoin spot.

We are hearing from clients around the world about the need for crypto.

Ah ben si les clients en demandent, autant leur en donner.

Some in the asset management profession will sell ‘sh*t’ as long as ‘sh*t’ can be sold.

Il est un autre poids lourd qui n’a pour le moment pas changé d’avis : c’est Jamie Dimon, le patron de JPMorgan Chase, qui a récemment déclaré lors d’une audition devant le comité bancaire du Sénat des Etats-Unis (source) :

I’ve always been deeply opposed to crypto, bitcoin, etc. The only true use case for it is criminals, drug traffickers, money laundering, tax avoidance. If I was the government, I’d close it down.

Hélas, pour un Jamie Dimon, il y a de nouveaux convertis.

Même les fournisseurs d’indices les plus respectables s’y mettent, comme FTSE Russell, qui appartient au London Stock Exchange Group et fait partie de l’oligopole qui domine le secteur des indices, avec MSCI et S&P DJ Indices.

Mais attention, c’est pour la bonne cause : on n’est pas des trafiquants de drogue, on ne blanchit pas l’argent des mafias, non, on permet aux investisseurs d’exprimer leurs vues.

Et on fait ça en partenariat avec des experts, Grayscale Investments, la société qui avait attaqué la SEC en justice pour qu’elle cesse de refuser les dossiers de création d’ETF bitcoin spot et avait gagné.

La suite d’indices sectoriels crypto FTSE Grayscale Crypto vous offre une nouvelle manière de penser le marché des actifs numériques, en mettant à disposition un cadre complet qui vous permet de mesurer la performance d’un univers crypto en pleine expansion.

Grayscale et FTSE ont identifié 5 secteurs et créé autant d’indices, qui évolueront tous les trimestres (« pour refléter la nature dynamique de la classe d’actifs des crypto »). L’univers dans lequel les constituants des indices sont sélectionnés comprend 350 cryptos.

  • Devises. 12 cryptos sont référencées, possédant au moins une de ces 3 caractéristiques : réserve de valeur, moyen d’échange et unité de compte. La première position, le bitcoin, pèse 63,6% du total (fiche produit de FTSE Grayscale Currencies Crypto Sector Index)
  • Plateformes de Smart Contracts. L’indice comprend 40 cryptos, la première position, l’ethereum, pesant 22% du total (fiche produit de FTSE Grayscale Smart Contract Platforms Crypto Sector Index).
  • Services financiers. L’indice a été développé « pour mesurer la performance des actifs crypto cherchant à fournir des transactions et services financiers ». Il comprend 27 cryptos, la première position, le Binance Coin, pesant 18,8% du total (fiche produit de FTSE Grayscale Financials Crypto Sector Index).
  • Consommateur et Culture. C’est mon indice préféré, et de loin1. Il a été créé « pour mesurer la performance des actifs crypto cherchant à soutenir des activités centrées sur la consommation pour différents biens et services ». Il comprend 21 cryptos, la première position, le Dogecoin (au secours), pesant 18,6% du total (fiche produit de FTSE Grayscale Consumer and Culture Crypto Sector Index).
  • Utilités et Services. Il a été créé « pour mesurer la performance des actifs crypto cherchant à délivrer des applications et des fonctionnalités pour les entreprises ». Il comprend 44 cryptos, la première position, Chainlink, pesant 11,4% du total (fiche produit de FTSE Grayscale Utilities and Services Crypto Sector Index).

Le calcul de la performance de ces indices créé le 24 octobre 2023 démarre le 16 septembre 2022.

Tous, sauf l’inénarrable « Consommateur et Culture », ont des performances backtestées époustouflantes, avec une volatilité qui l’est tout autant.

Some index providers will sell ‘sh*t’ as long as ‘sh*t’ can be sold.

Maintenant, il n’y a plus qu’à trouver une société qui va acquérir les droits de créer des produits répliquant ces indices.

L’épargne à la française

Le Baromètre de l’AMF suit l’évolution des préférences et perceptions des Français en matière de placements.

La 7ème édition de l’enquête2 confirme quelques grands invariants chez les épargnants français.

Les 78% de répondants ayant déclaré avoir mis de l’argent de côté au cours des 12 derniers mois ont majoritairement choisi la sécurité : 80% ont placé leur argent sur un livret d’épargne, 32% lont laissé sur leur compte courant, 21% ont choisi un placement garanti (assurance vie ou épargne). 12% ont investi en bourse et 4% en crypto, soit presque autant que dans l’immobilier diversifié.

Quand on demande les répondants d’évaluer leurs connaissances en matière de produits d’épargne et de  placements financiers, ils sont 58% à dire s’y connaître assez mal ou très mal.

42% des répondants disent s’y connaître bien (34%) ou très bien (8%),

Pour compléter cette auto-évaluation, 3 questions ont été posées aux répondants.

La première sur l’impact de l’inflation : « Supposez que le taux de rémunération de votre épargne soit de 1% par an et que l’inflation soit de 2% par an. Au bout d’un an, avec cette épargne, d’après vous, serez-vous capable d’acheter… »

Il y a eu 64% de bonnes réponses.

La deuxième sur la relation entre diversification et risque : « En général, quand un investisseur répartit son capital sur différents placements financiers, le risque de perdre l’argent … ? »

Il y a eu 43% de bonnes réponses.

La troisième sur l’impact de la hausse des taux d’intérêt sur le cours des obligations : « Quand les taux d’intérêt montent, que se passe-t-il en général pour les obligations ? » 

Il y a eu 29% de bonnes réponses.

11% des répondants ont donné une bonne réponse aux trois questions.

Le conseiller bancaire ou financier est la source principale d’informations avant d’effecter un placement : 46% des répondants l’utilisent. Les médias, qu’ils soient généralistes ou spécialisés, sont loin derrière (9%).

Pour la première fois, le baromètre a interrogé les répondants sur les influenceurs.

4% utilisent des « influenceurs ou communautés financières en ligne ou personnes célèbres fournissant conseils sur l’investissement », le même pourcentage s’informe sur les « réseaux sociaux hors influenceurs et établissements bancaires ».

Heureusement que l’inénarrable Stéphanie Yon-Courtin3, l’eurodéputée qui défend les rétrocessions et la gestion chère, a découvert que ces influenceurs étaient une menace dont il fallait prémunir les naïfs épargnants.

46% des répondants estiment que l’affirmation selon laquelle « généralement, un conseil financier est rémunéré par les frais qui pèsent sur les produits souscrits » est vraie. 

Elle l’est, bien entendu.

18% estiment qu’elle est fausse et 35% ne savent pas.

Cette question est nouvelle dans le baromètre, dont le principal enseignement est le niveau élevé d’aversion au risque.

42% des répondants refusent tout risque ; 38% acceptent un peu de risque ; 6% acceptent une plus grande part de risque.

Depuis 2017, le niveau de refus du risque a baissé de 10 points de pourcentage.

Quant au niveau d’acceptation d’un niveau de risque modéré, il a augmenté de 4 points de pourcentage.

Le refus de tout risque est particulièrement présent chez les femmes (chez 57% d’entre elles) et chez les répondants qui ont le sentiment de mal s’y connaître (chez 68% d’entre eux).

Pour trop de répondants, la bourse est très intimidante.

  • 65% sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle « les placements en actions sont réservés à des gens qui s’y connaissent suffisamment » ;
  • 61% sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle « pour faire des placements en actions, il faut y consacrer beaucoup de temps » ;
  • 61% sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle « les placements en actions sont trop risqués » ;
  • 52% sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle « à la Bourse, les petits épargnants se font souvent avoir » ;
  • 50% sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle « les placements actions sont réservés aux gens qui ont beaucoup d’argent ».

Il y a un gigantesque besoin de littératie financière dans ce pays. J’attends avec espoir et impatience le plan d’action de Mme Yon-Courtin.

Ma contribution est ici, c’est mon Substack de littératie financière, L’Odyssée des Placements.

Dans la boule de cristal des ETF

Le premier ETF a été lancé au Canada en 1990. En 33 ans, cette enveloppe (fonds coté en bourse, exchange traded fund) a parcouru un sacré chemin.

Selon ETFGI, il y avait à fin novembre 2023 11000 milliards de dollars dans les ETP (pour Exchange Traded Products, certains de ces produits n’étant pas juridiquement des fonds mais des obligations), dont 69% dans des produits domiciliés aux Etats-Unis (7650 milliards de dollars) et 15% dans des produits domiciliés en Europe (1720 milliards de dollars).

Pour le moment, le fonds coté en bourse, c’est donc surtout une affaire étatsunienne. Ce qui se passe aux Etats-Unis arrivera sans doute en Europe et en Asie avec un peu de retard.

D’où mon — rare — intérêt pour les prédictions pour 2024 de l’équipe d’analystes ETF de Morningstar.

Prédiction #1 : Les ETF gérés activement vont devenir le véhicule de choix des investisseurs en ETF en quête d’alpha.

Attendez avant de hurler que c’est évident, car ça ne l’est pas. En effet, Morningstar considère que la « vraie » gestion indicielle, qui cherche à s’exposer au beta du marché, réplique des indices capipondérés.

Tout le reste est de la gestion active. Par exemple le Smart Beta (que Morningstar appelle Strategic Beta).

Le prédiction, c’est donc que les ETF gérés activement ET ne répliquant pas un indice vont détrôner les ETF smart beta répliquant un indice… smart beta.

Aux Etats-Unis, les lancements d’ETF gérés activement ont décollé en 2020 pour battre des records en 2023, avec plus de 350 nouveaux ETF.

Prédiction #2 : Le nombre de liquidations d’ETF va croître.

Prédiction peu intéressante, eu égard au nombre de lancements, il est normal qu’il y ait des liquidations, nombre de nouveaux produits thématiques ayant une espérance de vie très courte.

Prédiction #3 : Le nombre de lancement d’ETF obligataires et la collecte de ces produits vont continuer d’augmenter, grâce aux ETF gérés activement.

Prédiction #4 : Les ETF alternatifs vont monter en puissance.

L’analyste de Morningstar cite deux produits, l’un est un ETF de managed futures (750 millions de $ d’encours), l’autre un ETF de suivi de tendance (275 millions de $ d’encours).

Prédiction #5 : Les ETF à base d’options (covered-call et defined outcome) seront moins populaires.

Ce qui veut dire qu’ils l’ont été en 2023. Les stratégies d’options d’achat couvertes (« covered call ») consistent à détenir une position longue sur un actif tout en vendant une option d’achat (un « call ») sur ce même actif. Dans un marché haussier pour les actions comme l’a été 2023, vendre des options d’achat conduit à renoncer à une partie importante de la hausse de l’actif quand il faut livrer à l’acheteur de l’option le sous-jacent. Le produit — limité — de la vente de l’option vient en déduction d’une baisse éventuelle.

Prédiction #6 : la tendance s’inverse pour les frais des ETF, qui augmenteront.

Tant que le marché des ETF était dominé par des produits répliquant des indices très populaires et très diversifiés, les frais baissaient. Pour les analystes de Morningstar, la popularité grandissante de produits indiciels de niche et d’ETF gérés activement, plus chers, pourrait conduire les frais moyens à augmenter.

Ils sont actuellement de 0,14% pour les ETF indiciels, de 0,4% pour les ETF gérés activement et de 0,93% pour les ETF alternatifs.

Du beau linge sur le radeau de la Méduse

Avertissement : j’assiste depuis novembre 2022 l’Association Collectif Porteurs H2O dans le cadre d’une mission rémunérée (détails ici). Cette mission, suspendue depuis avril 2023, est susceptible de redémarrer. A vous de déterminer si elle influe sur ma couverture de l’affaire H2O AM sur ce blog.

C’est fait : l’association Collectif Porteurs H2O a assigné devant le tribunal de commerce de Paris H2O AM, Natixis Investment Managers, CACEIS et KPMG.

Selon le communiqué de presse de l’association, cité par Citywire

[c]ette décision se fonde sur des mois d’enquête approfondie, au cours desquels l’association Collectif Porteurs H2O, avec le soutien de ses avocats et de Deminor, a recueilli des éléments démontrant la responsabilité des sociétés concernées du groupe H2O, mais également les défaillances de contrôle des tiers de confiance.

Natixis IM assurait à l’époque des faits le contrôle périodique de H2O AM, Natixis étant alors l’actionnaire majoritaire de H2O (ce n’est plus le cas depuis mars 2022, détails dans ce communiqué de presse). 

Caceis, filiale du Crédit Agricole, était (et est toujours) le dépositaire des fonds de droit français. KPMG était (et est toujours) le commissaire aux comptes de ces fonds.

L’association estime donc que la responsabilité des 3 sociétés, qualifiées de « tiers de confiance », est engagée.

Pour Caceis, il me semble que si l’interprétation de l’AMF sur le caractère non réglementaire des investissements dans des titres émis par des sociétés du groupe Tennor est exacte, il en découle automatiquement que le dépositaire n’aurait pas dû autoriser lesdits investissements.

Pour Natixis IM et KPMG, on verra. Je ne suis pas certain que la vérification de la conformité réglementaire des investissements des OPCVM fasse partie des missions du commissaire aux comptes.

L’assignation de deux poids lourds de la place financière, Natixis IM et Caceis, est particulièrement intéressante.

J’attends avec impatience de connaître les développements de l’affaire devant le tribunal de commerce de Paris, qui est une juridiction très particulière (source).

Le tribunal de commerce de Paris (TC-Paris) constitue un premier degré de la juridiction commerciale française, dont le second degré est la cour d’appel de Paris.

Il est composé de juges non professionnels.

Le tribunal de commerce de Paris est composé de 172 juges appelés juges consulaires.

Les conditions d’accès à la fonction de juge consulaire sont strictement encadrées par la loi. Les juges du tribunal de commerce doivent avoir plus de 30 ans et être inscrits au registre du commerce et des sociétés à titre personnel depuis au moins cinq ans ou avoir exercé des fonctions de dirigeant ou de directeur d’entreprise pendant au moins cinq ans.

Les juges consulaires sont des bénévoles. Ils sont issus de divers secteurs d’activités tels que l’industrie, les services, le conseil, la communication, la finance…

Le mandat du président actuel, Paul-Louis Netter, qui a effectué une grande partie de sa carrière au sein du groupe Banque Populaire, aujourd’hui dans le giron de BPCE, la maison-mère de Natixis, prendra fin en janvier 2024.

Son successeur, déjà élu, est Patrick Sayer (Lazard puis Eurazeo jusqu’en 2018), qui est président de chambre depuis 2014.

Il existe évidemment des garde-fous :

La loi interdit à un magistrat de traiter d’une affaire concernant une entreprise ou une personne avec laquelle il a ou a eu un rapport d’intérêt.

A noter :

Un accès aux modes de résolution amiable des différents a été mis en place au TC-Paris, sous la forme de la conciliation ou de la médiation, accessible dès le placement des affaires et également en cours de procédure.

Je hasarde un pronostic : sous réserve que le dossier de l’association soit solide, je vois bien les parties mises en cause avoir recours à une résolution amiable, afin d’éviter l’embarras d’une condamnation dont la place de Paris ne sortirait pas grandie.

La place de Paris ne sortira de toute façon pas grandie de cette affaire lamentable dans laquelle toutes les parties prenantes ont failli.

Des nouvelles du #H2Ogate

Avertissement : j’assiste depuis novembre 2022 l’Association Collectif Porteurs H2O dans le cadre d’une mission rémunérée (détails ici). Cette mission, suspendue depuis avril 2023, est susceptible de redémarrer. A vous de déterminer si elle influe sur ma couverture de l’affaire H2O AM sur ce blog.

Sur la page d’accueil de son site internet, consultée le 21 décembre 2023 à 14h30, H2O AM indique les encours gérés par la société au 31 décembre 2022 : 11,6 milliards d’euros.

Je suppose que ce montant comprend les side-pockets à la valeur estimée de l’époque, les OPCVM liquides et les mandats. 

J’ai fait le total des encours gérés par les OPCVM référencés sur les différents sites géographiques de la société de gestion qui financé un individu aussi défavorablement connu que Lars Windhorst à hauteur de plus de 2,3 milliards d’euros confiés par les porteurs de parts. 

J’ai considéré que les side-pockets ne valaient rien.

A fin novembre, ces encours s’élevaient à 4,201 milliards d’euros, dont près de 40% dans H2O Multibonds.

Depuis la scission des 7 fonds sinistrés de H2O AM, il est très difficile de reconstituer la performance des « vieux » fonds d’avant la scission.

Je me livre à l’exercice en calculant une valeur liquidative reconstituée, égale à la somme de la valeur liquidative des « nouveaux » fonds liquides (FCP à la fin du nom) et de la valeur liquidative mensuelle estimative des side-pockets.

Cette valeur liquidative reconstituée est une fiction, car aucune transaction n’est possible sur les side-pockets.

Mais elle permet de voir où en sont les porteurs de parts. Notamment par rapport au plus-haut historique atteint par les « vieux » fonds avant qu’ils ne heurtent des icebergs et fassent naufrage en février et mars 2020.

Autre limite de l’exercice : rien ne dit que les porteurs de parts récupèreront l’équivalent de la dernière valeur liquidative estimative des side-pockets. On ne le saura que quand toutes les participations illiquides auront été revendues au seul acheteur, Tennor, la holding de Lars Windhorst.

Ou plus exactement au fur et à mesure du remboursement par Tennor de la « first super senior secured note » (FSSSN) émise par Tennor, portant intérêt au taux annuel de 4,5% et prévoyant la possibilité de remboursements intermédiaires. Je rappelle (j’en avais parlé ici) que le remboursement total était initialement prévu début 2022. Les créanciers de Tennor, pour éviter la mise en liquidation de la société imposée par un tribunal néerlandais, ont consenti un délai supplémentaire de 6 mois (soit un remboursement début juillet 2022).

Je rappelle aussi que, comme de bien entendu, il n'y a eu aucun remboursement entre juillet et décembre 2022 de la part de Tennor.

Début janvier 2023, H2O AM a laissé entendre dans un communiqué sybillin que Tennor avait procédé fin 2022 à un premier remboursement partiel susceptible de permettre de diminuer le nominal de la FSSSN de 250 millions d'euros.

En fait de 250 millions, ce sont 144 millions qui ont été remboursés d'après mes calculs.

Cynthia O'Murchu et Robert Smith, les journalistes du Financial Times dont les révélations en juin 2019 avaient déclenché le H2Ogate, nous ont éclairé sur cet écart de 106 millions d'euros : dans la hotte du Père Noël Lars, il y avait des liquidités et des titres.

J'imagine que la valorisation desdits titres était de 106 millions d'euros. Je suppose qu'ils ne valent plus grand chose et j'imagine que H2O AM ne leur a jamais affecté une quelconque valeur positive.

Un porte-parole de Tennor avait déclaré début janvier au quotidien régional allemand Westfallen-Blatt que la holding de Lars Windhorst avait procédé en 2022 à plusieurs remboursements partiels de la FSSSN, dont un fin 2022 pour solde de tout compte.  

Après avoir cessé pendant des mois de mettre à jour la valeur estimative mensuelle de side-pockets, bloquée à fin février 2023, H2O AM a dû se résoudre le 12 septembre 2023 à la baisser pour les 7 fonds.

Puis de nouveau en octobre pour les valeurs estimatives à fin septembre.

Et pas qu’un peu : on passe d’une valorisation estimée de 945 millions d’euros à fin février à 301 millions d’euros à fin septembre. 644 millions d’euros sont partis en fumée.

Entre la valorisation initiale d’octobre 2020 et celle de octobre 2023, compte tenu du remboursement de janvier 2023, la moins-value latente sur les 7 side-pockets est de plus de 1 milliard 196 millions d’euros d’après mes calculs. 

Au 22 décembre 2023 à 14h30, la plus récente valeur estimative des side-pockets était toujours celle de fin octobre.

Pour les fonds liquides, voilà où on en est au 21 décembre 2023 (date de la VL des fonds liquides dont le nom se termine par « FCP », la dernière valeur liquidative mensuelle estimative des side-pockets étant en date du 31 octobre 2023). J'ai ajouté à la VL reconstituée le montant de la distribution du 23 janvier 2023.

En matière de décollecte, voilà où on en est.

En matière de performance, voilà où on en est.

Les produits dont il a été question dans ma semaine Twitter 51 peuvent être achetés en priorité chez votre libraire (pour les livres).

Sinon, si vous n’avez vraiment pas accès à un libraire, ou pour les livres en anglais, parfois plus difficiles à se procurer en librairie en France, vous pouvez cliquer sur les liens ci-dessous (informations sur le programme d’affiliation Amazon ici).

Vous pouvez suivre le compte Twitter d’Alpha Beta Blog ici et mon compte en anglais .

N’hésitez pas à réagir dans la rubrique « Laisser un commentaire » à la fin de chaque article. Votre contribution ne sera publiée qu’après validation par mes soins.

Je ne suis pas habilité à donner des conseils sur les produits de placement : ne me sollicitez pas pour cela car je ne vous répondrai pas.

Si vous avez des questions, consultez un conseiller en investissement financier. Un conseiller en investissement financier, c’est quelqu’un que vous payez pour qu’il.elle vous donne des conseils. Dans le jargon de MIF 2, seul le conseiller exclusivement payé par ses clients peut se déclarer indépendant.

Quelqu’un qui est payé par les fournisseurs de produits pour vous vendre lesdits produits, c’est un vendeur, pas un conseiller.

Comment trouver un conseiller en investissements financiers (CIF) indépendant au sens de MIF 2 ? C'est à peu près mission impossible : le site de l'ORIAS, qui est l'organisme auprès duquel s'enregistrent les CIF, ne permet pas de rechercher selon les critères "indépendant" ou "non-indépendant". Pas plus que ne le permettent les sites des 4 associations de CIF agréées par l'AMF. C'est affligeant et scandaleux.

C’était ma semaine Twitter 51 de 2023. Sayōnara. さようなら.

Photo de Bogdan Yukhymchuk sur Unsplash

  1. C’est ironique.
  2. 2 386 personnes de 18 ans et plus ont été interrogées du 29 septembre au 13 octobre 2023.
  3. Elle est entrée à mon anti-Panthéon personnel en prononçant ces deux immortelles paroles : « il faut arrêter de mettre l’accent exclusivement sur le prix d’un produit financier » et « le problème est surtout le peu d’intérêt des citoyens européens pour ces placements, ils n’investiraient pas plus si les produits étaient moins chers. »

2 réponses sur « Ma Semaine Twitter 51 de 2023 »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


The reCAPTCHA verification period has expired. Please reload the page.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.